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Résumé de la communication
La présente allocution interrogera la conception de la mémoire et des modalités de sa transmission, telle qu’elle s’inscrit sous l’esthétique du ''Mémorial aux Juifs assassinés d’Europe'' de l’architecte judeo-américain Peter Eisenman. En concevant ce mémorial – et devant justement produire une forme architecturale appropriée pour conjurer l’oubli et transmettre aux générations suivantes la mémoire de l’holocauste – Eisenman a en effet cherché à redéfinir le rapport au passé qui s’établit par l’architecture commémorative et tenté d’attribuer une forme particulière à la mémoire du génocide juif. Or, tel que je chercherai à le démontrer, ce rapport s’établirait, pour Eisenman, non pas sur la preuve historique ou la connaissance documentaire, mais plutôt sur l’expérience corporelle et affective provoquée par le parcours spatial. Composé de 2711 stèles de béton, disposées en lignes parallèles sur un sol qui se fait de plus en plus ondulant de la périphérie vers le centre, et à l’intérieur desquelles le visiteur s’enfoncera avec angoisse, le monument, qui ne possède ni écriteau, ni archive, ni récit, paraît ainsi chercher à refonder la mémoire de la Shoah par le mouvement des corps dans l’espace. Il semble vouloir forger une mémoire singulière, d’une part critique de la continuité narrative ou historique généralement associée aux monuments, mais cherchant néanmoins, d’autre part, à assumer une certaine charge significative, fondée sur l’expérience affective de l’itinéraire de sa visite.
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