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Isabelle Gusse : UQAM - Université du Québec à Montréal
Notre communication regarde le domaine spécifique de la communication gouvernementale. Elle porte sur les communications publicitaires et promotionnelles du site internet des Forces armées canadiennes (FAC) destiné au recrutement de jeunes gens de 18 à 34 ans, dont l'objectif est d'inciter les membres de ce groupe d'âge ciblé, entre autres les femmes, à s'enrôler en arguant qu'ils et elles pourront bénéficier d'une formation technique haut de gamme. Deux questions balisent l'exploration et l'observation de ce support promotionnel. Premièrement, quels mythes relatifs aux relations professionnelles et sociales qui prévalent entre les militaires masculins et féminins et aux rôles qu'ils-elles occupent sont représentés et diffusés sur ce site? Deuxièmement, alors que l'accès des femmes à un bastion foncièrement et historiquement masculin est relativement récent, ces mythes et les représentations qu'ils portent traduisent-ils l'existence d'une identité militaire féminine distincte de l'identité masculine? Au delà du principe du droit à l'égalité ou d'un égalitarisme de bon aloi qui s'incarne dans l'uniformité des uniformes partagés, les femmes incarnées dans ces communications sont-elles des sujets autonomes sexués où se calquent-elles sur les modèles masculins dominants? L'étude des images et propos des sujets parlants féminins repérés dans une sélection des vidéos publicitaires et auto-promotionnelles diffusées sur ce site vise à apporter des éléments de réponse à ces questions.
La désexualisation des statuts sociaux et des rôles familiaux en Occident a fait s’évanouir les évidences du passé sur les identités sexuées. L'égalisation des parcours dans la sphère socioprofessionnelle et l'accès désormais partagé au projet d'enfant ont brouillé les catégories usuelles qui permettaient de penser le féminin et le masculin. Comment s'assurer de son identité de femme quand on ne dispose plus de façon exclusive de la prérogative maternelle? Où loger sa féminité quand ses signes extérieurs sont assimilés à une soumission aux injonctions masculines? Comment « être homme » quand la doxa sociale tend à délégitimer le viril? Peut-on se poser légitimement la question de l'existence d'une condition « féminine » et d'une condition « masculine »? En un mot, quels sont les ressorts d'un enracinement de ce que nous proposons de continuer d'appeler le féminin et le masculin, mais dont la définition pose aujourd'hui question?
Une réflexion s'impose qui devra, dans une perspective pluridisciplinaire, explorer les chemins empruntés par les hommes et les femmes pour se penser et se donner à voir comme des individus de sexe masculin ou de sexe féminin. Sans nier la permanence d'une emprise du social sur les destins individuels, il faut remarquer que ceux-ci se présentent aujourd’hui comme des projets personnels susceptibles de suivre toutes sortes de trajectoires. Pour comprendre comment hommes et femmes s’assument en tant que sujets autonomes sexués, et ce, dans les dimensions privée et publique de leurs existences, plusieurs thématiques devront être abordées : le souci esthétique et la séduction, la maternité et la paternité, les relations entre les sexes, la recomposition des rôles, etc. Il s'agira de mettre au jour les modalités d'un rapport à soi et au monde inédit, orienté vers l'horizon de l'égalité de sexes, déterminé par le primat social de l'individualisme, mais enjoint dans le même temps à une certaine incarnation de la différence de sexe.
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