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Delphine CEZARD : Aix-Marseille Université
Les pratiques sociales liées au rire ont participé à la création et au maintien de la typification des sexes en genres. Si les stéréotypes donnent à voir la femme réceptive et l'homme producteur, il en va de même pour leur pratique du rire. En outre, les représentations et les stéréotypes respectifs du clown et de la femme les enferment dans des valeurs qui s'opposent. Le système de référence et de communication entre les genres force l'écart entre la grossièreté, la dépravation, l'ivrognerie, rattachées à la figure du clown, et la maîtrise, la beauté, demandées à la femme. Le travail créateur du clown depuis une trentaine d'année se propose de dépasser ces données sociales de genre à la fois par le renouvellement de l'art du clown mais aussi de la femme en son sein. En effet, le clown est un personnage qui ne requiert, dans ses conditions d'existence, aucun passé ni aucune identité sexuelle. Etant donné que le comédien travaille son clown à partir de sa personne, son sexe n'importe que peu par rapport à sa personnalité. Le costume du clown est l'indicateur de ce mouvement commun de libération. Le costume permet, en détournant le vêtement, de questionner et donc de libérer des contraintes sociales inhérentes aux genres. Si les hommes clowns se plaisent à porter des vêtements réservés aux femmes, ce n'est pas uniquement dans une optique comique, mais en correspondance avec la libération de leur identité, qui comporte autant de caractéristiques "féminines" que "masculines".
La désexualisation des statuts sociaux et des rôles familiaux en Occident a fait s’évanouir les évidences du passé sur les identités sexuées. L'égalisation des parcours dans la sphère socioprofessionnelle et l'accès désormais partagé au projet d'enfant ont brouillé les catégories usuelles qui permettaient de penser le féminin et le masculin. Comment s'assurer de son identité de femme quand on ne dispose plus de façon exclusive de la prérogative maternelle? Où loger sa féminité quand ses signes extérieurs sont assimilés à une soumission aux injonctions masculines? Comment « être homme » quand la doxa sociale tend à délégitimer le viril? Peut-on se poser légitimement la question de l'existence d'une condition « féminine » et d'une condition « masculine »? En un mot, quels sont les ressorts d'un enracinement de ce que nous proposons de continuer d'appeler le féminin et le masculin, mais dont la définition pose aujourd'hui question?
Une réflexion s'impose qui devra, dans une perspective pluridisciplinaire, explorer les chemins empruntés par les hommes et les femmes pour se penser et se donner à voir comme des individus de sexe masculin ou de sexe féminin. Sans nier la permanence d'une emprise du social sur les destins individuels, il faut remarquer que ceux-ci se présentent aujourd’hui comme des projets personnels susceptibles de suivre toutes sortes de trajectoires. Pour comprendre comment hommes et femmes s’assument en tant que sujets autonomes sexués, et ce, dans les dimensions privée et publique de leurs existences, plusieurs thématiques devront être abordées : le souci esthétique et la séduction, la maternité et la paternité, les relations entre les sexes, la recomposition des rôles, etc. Il s'agira de mettre au jour les modalités d'un rapport à soi et au monde inédit, orienté vers l'horizon de l'égalité de sexes, déterminé par le primat social de l'individualisme, mais enjoint dans le même temps à une certaine incarnation de la différence de sexe.
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