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Stéphanie Briaud : Université de Montréal
C'est une histoire de conflits religieux qui commence lorsque que Rome accueille les cultes isiaques, qui sont les cultes « qui se diffusent hors d'Égypte, « […| d'une douzaine de divinités appartenant à un même cercle mythique, cultuel et liturgique, soit Isis, Sérapis, Anubis, Osiris […] ».
C'est une histoire qui, avec la montée en puissance du christianisme qui pousse Constantin à promulguer l'Édit de Milan en 313, perdure aux IIIe et IVe siècles, autant à travers les textes d'auteurs acharnés qu'avec des documents plus politiques comme les monnaies…
Selon les périodes et les empereurs, les attitudes officielles et littéraires envers l'isiasme ont varié entre accusations, incompréhensions, dangers politiques et louanges. Nous illustrerons ces différents comportements en montrant l'évolution des arguments des détracteurs lettrés, qui sont d'abord païens, puis chrétiens. Nous ponctuerons notre présentation par des monuments représentatifs de l'idéologie impériale, tels que les obélisques, qui peuvent être représentatifs par leurs inscriptions, leur iconographie et leur situation urbaine. Nous conclurons sur l'une des rares réponses de la communauté isiaque du IVe siècle.
Au cours des deux dernières décennies, parmi les champs d’investigations qui ont suscité un grand intérêt, notons celui de la redéfinition des catégories – pensons, notamment, aux critères pour définir les communautés religieuses, les groupes ethniques ou ethnico-religieux, les genres –, ainsi que des « marqueurs identitaires » des groupes sociaux et religieux. Les études récentes sur cette réalité vécue montrent, d’une part, que les frontières entre ces groupes ne sont pas aussi étanches qu’on le croyait, mais qu’elles sont à la fois dynamiques, évolutives et perméables en fonction des contextes spatiaux et temporels, et socio-historiques. D’autre part, les recherches permettent de prendre conscience qu’à l’intérieur de ces groupes existent différentes conceptions du monde qui se reflètent au niveau des valeurs, des croyances et des comportements, obligeant à délaisser les conceptions trop monolithiques du monde antique pour considérer la diversité des mouvements en présence. Finalement, cette diversité est le fruit d’un réseau complexe d’échanges et d’influences réciproques qui ont un impact sur les perceptions, les représentations et les définitions identitaires que les Anciens avaient d’eux-mêmes et des autres.
Dans le contexte de la recherche sur la pluralité religieuse dans l’Antiquité, ce colloque s’intéressera aux rencontres et aux conflits intergroupaux, aux perceptions et aux représentations du Soi et de l’Autre qui en découlent, aux enjeux des (re)définitions identitaires, et aux nouvelles approches méthodologiques.