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Christian Rudolf Raschle : Université de Montréal
L'augmentation du nombre de provinces durant l'Antiquité tardive semble avant tout réponde aux défis militaires et administratifs de l'État romain. Parmi les communautés religieuses de l'Empire, c'est surtout l'Église chrétienne qui est la plus marquée par ces réformes parce qu'elle adapte la structure de ses circonscriptions et la hiérarchie épiscopale selon ces nouvelles subdivisions. De plus, la reconnaissance du christianisme et l'intérêt pour la Terre Sainte développent une sensibilité pour la topographie et la géographie religieuse de régions particulières. À partir de ces constatations, nous proposons de montrer pourquoi les chercheurs ont tenté d'expliquer certaines divisions provinciales par des motivations « religieuses » de l'administration centrale. Nous analyserons notamment les cas des provinces « Salutaires » comme la Phrygie, la Galatie et la Syrie, puis celui de la Palestine en nous demandant si sa tripartition sous la dynastie théodosienne est due à une ségrégation planifiée des contrées majoritairement chrétiennes envers les contrées plutôt juives. On s'interrogera ensuite sur les effets de ces divisions provinciales caractérisées parfois par des conflits économiques et dogmatiques entre évêques. Par l'analyse de ces deux séries d'exemples des causes et des effets, on se demandera jusqu'à quel degré le christianisme pouvait influencer ou même guider les décisions étatiques de retracer les frontières entre les provinces et les peuples de l'empire tardif.
Au cours des deux dernières décennies, parmi les champs d’investigations qui ont suscité un grand intérêt, notons celui de la redéfinition des catégories – pensons, notamment, aux critères pour définir les communautés religieuses, les groupes ethniques ou ethnico-religieux, les genres –, ainsi que des « marqueurs identitaires » des groupes sociaux et religieux. Les études récentes sur cette réalité vécue montrent, d’une part, que les frontières entre ces groupes ne sont pas aussi étanches qu’on le croyait, mais qu’elles sont à la fois dynamiques, évolutives et perméables en fonction des contextes spatiaux et temporels, et socio-historiques. D’autre part, les recherches permettent de prendre conscience qu’à l’intérieur de ces groupes existent différentes conceptions du monde qui se reflètent au niveau des valeurs, des croyances et des comportements, obligeant à délaisser les conceptions trop monolithiques du monde antique pour considérer la diversité des mouvements en présence. Finalement, cette diversité est le fruit d’un réseau complexe d’échanges et d’influences réciproques qui ont un impact sur les perceptions, les représentations et les définitions identitaires que les Anciens avaient d’eux-mêmes et des autres.
Dans le contexte de la recherche sur la pluralité religieuse dans l’Antiquité, ce colloque s’intéressera aux rencontres et aux conflits intergroupaux, aux perceptions et aux représentations du Soi et de l’Autre qui en découlent, aux enjeux des (re)définitions identitaires, et aux nouvelles approches méthodologiques.