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Pierluigi Piovanelli
Tacite est le seul témoin explicite d'une persécution des « chrétiens » de Rome à la suite du célèbre incendie de la capitale, en 64 de notre ère, une catastrophe dont la population aurait attribué la responsabilité criminelle à l'empereur Néron, si les adeptes de cette « superstition pernicieuse » originaire de la Judée n'avaient pas été opportunément identifiés comme les coupables. Si, d'un côté, il est facile de comprendre la nécessité pour le pouvoir impérial de trouver rapidement des boucs émissaires, de l'autre, il n'est pas aisé de concevoir les raisons qui firent que le choix se porte sur les membres d'un groupe sectaire juif tout à fait marginal. Ce serait, toutefois, oublier qu'un tel épisode s'est produit à la veille de l'éclatement de la première guerre juive (66-73 de notre ère), dans un climat de tensions et de ferveurs apocalyptiques qui devaient conduire à la ruine de la Judée et à la destruction de Jérusalem et de son Temple. L'examen de quelques textes clefs de Flavius Josèphe, un historien juif au service de la maison impériale, et des écrits apocalyptiques contemporains (Apocalypse de Jean, 4e Esdras, 2e Baruch, Oracles sibyllins 5) nous permettra de mieux comprendre les attitudes des uns et des autres, quelles étaient les attentes des milieux radicaux juifs et quelle était la perception que les Romains pouvaient avoir de ceux qui, à leurs yeux, n'étaient que des agitateurs et des brigands.
Au cours des deux dernières décennies, parmi les champs d’investigations qui ont suscité un grand intérêt, notons celui de la redéfinition des catégories – pensons, notamment, aux critères pour définir les communautés religieuses, les groupes ethniques ou ethnico-religieux, les genres –, ainsi que des « marqueurs identitaires » des groupes sociaux et religieux. Les études récentes sur cette réalité vécue montrent, d’une part, que les frontières entre ces groupes ne sont pas aussi étanches qu’on le croyait, mais qu’elles sont à la fois dynamiques, évolutives et perméables en fonction des contextes spatiaux et temporels, et socio-historiques. D’autre part, les recherches permettent de prendre conscience qu’à l’intérieur de ces groupes existent différentes conceptions du monde qui se reflètent au niveau des valeurs, des croyances et des comportements, obligeant à délaisser les conceptions trop monolithiques du monde antique pour considérer la diversité des mouvements en présence. Finalement, cette diversité est le fruit d’un réseau complexe d’échanges et d’influences réciproques qui ont un impact sur les perceptions, les représentations et les définitions identitaires que les Anciens avaient d’eux-mêmes et des autres.
Dans le contexte de la recherche sur la pluralité religieuse dans l’Antiquité, ce colloque s’intéressera aux rencontres et aux conflits intergroupaux, aux perceptions et aux représentations du Soi et de l’Autre qui en découlent, aux enjeux des (re)définitions identitaires, et aux nouvelles approches méthodologiques.