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Violaine Lemay : Université de Montréal
La science, en tant que zone de production de discours capables d'alimenter la puissance des technopouvoirs contemporains, est tellement plus que des savoirs. Le médicament, comme zone de débats sociaux et comme cible de pressions multiples (économiques, juridiques, politiques, etc.), est tellement plus qu'une molécule soumise à la seule juridiction d'expertises pharmaceutiques occidentales. Pourtant, à travers la simple répétition d'habitudes de recherche traditionnelles, apparemment anodine, des représentations immatures de la science continuent de structurer les discours face au médicament. Le tout n'est pas sans conséquence: d'une part, dans le quotidien universitaire par exemple, ces représentations se révèlent un obstacle puissant à une communication efficace entre spécialistes de secteurs différents, générant quantité de dialogues de sourds et de conflits larvés; d'autre part, pareilles représentations immatures forment un obstacle tout aussi puissant dans la compréhension et dans la gestion des pressions marchandes notoires qui marquent la scène mondiale du médicament. La communication dresse un inventaire des archétypes épistémologiques qui soutiennent diverses habitudes de recherche et, à travers différentes anecdotes universitaires et de recherche, illlustre comment l'interaction entre différents archétypes peut construire des malentendus et peut entretenir certains mythes mystificateurs qui profitent aux puissances économiques mondiales.
Le médicament, de sa conception à sa consommation, en passant par sa production et sa prescription, s'inscrit dans une chaîne sociale et scientifique souvent méconnue et complexe. Elle est aujourd’hui confrontée à de nombreux questionnements liés à son étude et, si les projets interdisciplinaires dans ce domaine s’imposent, des tensions entre les disciplines et champs d'expertise impliqués sont notables. De plus, cette chaîne est aujourd’hui traversée par des crises comme celles du VIOXX ou du Médiator qui remettent en question l’évaluation de l’efficacité, des effets secondaires et de la conduite des essais cliniques. De nouveaux débats sur les enjeux juridiques et éthiques entourant la question des risques, de la responsabilité et de la régulation des médicaments prennent actuellement place et ce, dans un contexte de mondialisation. Ce dernier oriente la mise en place de nouvelles politiques dans ce domaine, mais elles demandent une harmonisation entre des groupes d’acteurs aux intérêts souvent divergents. En dernier lieu, et notamment à l’occasion de ressources proposées sur Internet (sites et groupes de discussion), sur un plan plus microsociologique, les normes de prescription des médicaments sont remises en question, ceux-ci devenant des objets de consommation et d’automédication, mais aussi d’expérimentation à des fins de performance. Ce colloque interdisciplinaire sera l’occasion de discuter de ces enjeux contemporains dans un domaine social essentiel touchant la santé et le mieux-être des populations confrontées à des crises et des tensions qui suscitent des peurs et des interrogations quant aux valeurs qui sous-tendent le champ biomédical et ses interventions. Ce colloque est organisé avec la collaboration de l'Association Internationale et Interdisciplinaire sur la chaîne des médicaments.
Thème du colloque :