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Daniel Dagenais
Le féminin et le masculin renvoient à la différence des genres qui procède elle-même de la distinction de sexe, soit d'un principe unitaire ayant trait au rôle du genre dans la socialité. Chaque type de société a réaménagé anthropologiquement la division par sexes de l'espèce humaine. Aux deux extrêmes de l'histoire on retrouve, à l'origine, l'existence objective des genres (objective en ce que les attributs propres à chacun d'entre eux sont projetés sur le monde où ils apparaissent comme réifiés dans des lieux et des activités où le genre propre se réalise) ou, au final, l'existence subjective des genres (dont les attributs ne résument plus un être parce que devenus ceux d'une subjectivité qui accepte de les réaliser auprès d'une autre subjectivité de sexe opposé). Le pari moderne de faire tenir la rencontre des sexes sur la rencontre de deux individus de sexe opposé a tenu aussi longtemps que la mise à l'abri ("naturelle") des genres n'a pas été absorbée par l'individualisme abstrait dont le lieu de manifestation était l'espace public. C'est l'épuisement de cette dialectique qui ouvre la possibilité (réelle, mais largement fantasmée) de défaire le genre, comme il rend possible la ressaisie du genre comme dimension anthropologique de notre être historique que la subjectivité ne peut restituer dans toute sa plénitude. La communication présentée se propose de réfléchir à l'intérieur de ces balises, entre Irène Théry (La distinction de sexe) et Judith Butler (Undoing Gender).
La désexualisation des statuts sociaux et des rôles familiaux en Occident a fait s’évanouir les évidences du passé sur les identités sexuées. L'égalisation des parcours dans la sphère socioprofessionnelle et l'accès désormais partagé au projet d'enfant ont brouillé les catégories usuelles qui permettaient de penser le féminin et le masculin. Comment s'assurer de son identité de femme quand on ne dispose plus de façon exclusive de la prérogative maternelle? Où loger sa féminité quand ses signes extérieurs sont assimilés à une soumission aux injonctions masculines? Comment « être homme » quand la doxa sociale tend à délégitimer le viril? Peut-on se poser légitimement la question de l'existence d'une condition « féminine » et d'une condition « masculine »? En un mot, quels sont les ressorts d'un enracinement de ce que nous proposons de continuer d'appeler le féminin et le masculin, mais dont la définition pose aujourd'hui question?
Une réflexion s'impose qui devra, dans une perspective pluridisciplinaire, explorer les chemins empruntés par les hommes et les femmes pour se penser et se donner à voir comme des individus de sexe masculin ou de sexe féminin. Sans nier la permanence d'une emprise du social sur les destins individuels, il faut remarquer que ceux-ci se présentent aujourd’hui comme des projets personnels susceptibles de suivre toutes sortes de trajectoires. Pour comprendre comment hommes et femmes s’assument en tant que sujets autonomes sexués, et ce, dans les dimensions privée et publique de leurs existences, plusieurs thématiques devront être abordées : le souci esthétique et la séduction, la maternité et la paternité, les relations entre les sexes, la recomposition des rôles, etc. Il s'agira de mettre au jour les modalités d'un rapport à soi et au monde inédit, orienté vers l'horizon de l'égalité de sexes, déterminé par le primat social de l'individualisme, mais enjoint dans le même temps à une certaine incarnation de la différence de sexe.
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