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Marie Chantal
On rencontre en 2 Mac, les premières occurrences contrastées de Hellenismos (4,13), pris dans un sens culturel, et de Ioudaismos (2,21; 8,1; 14,38) (Mason, 2007; Lieu, 2004; Will; Orrieux, 1986). Or, si Ioudaismos n'apparaît qu'à la seconde moitié du IIe siècle AEC, toujours en opposition au terme Hellenismos, peut-on parler de « judaïsme » lors de l'exil à Babylone ou au moment de la conquête d'Alexandre le Grand? Selon Mason (2007), ce n'est qu'à partir du IIIe siècle EC, avec Tertullien, que Ioudaismos désigne un système de pensée proche de notre définition moderne de « judaïsme » (Mason, 2007; Pasto 2002). Pourtant, dans les faits, le terme « judaïsme » est si bien établi dans la recherche moderne qu'il demeure (Pasto, 2002). Le même problème se pose avec Ioudaios. Les sources anciennes montrent qu'avant le IIe siècle AEC, Ioudaios devrait être traduit par « judéen » plutôt que par « juif » (Cohen, 2010; 1999; Collins 2010; Mason, 2007) – Mason conteste l'utilisation de « juif » pour toute l'Antiquité – pourtant peu d'auteurs adoptent cette terminologie plus fidèle à la réalité antique. Cette présentation fera le point sur les travaux récents qui abordent le problème de l'utilisation des catégories modernes (juif, judaïsme) dans l'étude des traditions judéennes de l'Antiquité.
Au cours des deux dernières décennies, parmi les champs d’investigations qui ont suscité un grand intérêt, notons celui de la redéfinition des catégories – pensons, notamment, aux critères pour définir les communautés religieuses, les groupes ethniques ou ethnico-religieux, les genres –, ainsi que des « marqueurs identitaires » des groupes sociaux et religieux. Les études récentes sur cette réalité vécue montrent, d’une part, que les frontières entre ces groupes ne sont pas aussi étanches qu’on le croyait, mais qu’elles sont à la fois dynamiques, évolutives et perméables en fonction des contextes spatiaux et temporels, et socio-historiques. D’autre part, les recherches permettent de prendre conscience qu’à l’intérieur de ces groupes existent différentes conceptions du monde qui se reflètent au niveau des valeurs, des croyances et des comportements, obligeant à délaisser les conceptions trop monolithiques du monde antique pour considérer la diversité des mouvements en présence. Finalement, cette diversité est le fruit d’un réseau complexe d’échanges et d’influences réciproques qui ont un impact sur les perceptions, les représentations et les définitions identitaires que les Anciens avaient d’eux-mêmes et des autres.
Dans le contexte de la recherche sur la pluralité religieuse dans l’Antiquité, ce colloque s’intéressera aux rencontres et aux conflits intergroupaux, aux perceptions et aux représentations du Soi et de l’Autre qui en découlent, aux enjeux des (re)définitions identitaires, et aux nouvelles approches méthodologiques.