Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Catherine Mavrikakis : Université de Montréal
La poésie d'Yvon est féroce, elle mord, elle éructe. Elle constitue un attentat à la pudeur et à l'intimité du lecteur. Mais dans sa virulence de haut-parleur, dans sa voix de crécelle, n'est-elle pas pour autant extrêmement fragile ? Ne met-elle en elle le principe de génération et de dégénération de la langue ? Ne fait-elle pas signe à la fois à la fin et l'origine de la culture, à sa propre naissance et à sa propre mort?
Cette alternance entre l'apocalypse et le commencement des temps poétiques configure un espace fracturé, inhabitable pour le lecteur. Personne ne saurait être chez soi dans l'œuvre d'Yvon. C'est à un inconfort vital que la poète nous invite dans ses livres où nous ne pouvons qu'être mal accueillis, de façon cavalière ou encore par intermittence. C'est cet inconfort qu'il faut garder intact. À la poésie d'Yvon, on ne peut, on ne doit surtout pas s'habituer.
Josée Yvon (1950-1994) est une des voix les plus singulières de la littérature québécoise. Interrompue de façon prématurée par son décès des suites du sida, son œuvre s’inscrit à la fois dans la contre-culture et le féminisme. À mi-chemin entre la poésie et le récit, et mettant en scène des personnages marginaux (lesbiennes, transexuels, danseuses), son écriture interroge les marges du genre sexuel et du genre littéraire, donnant la parole à des personnages féminins comme on en retrouve très peu dans la littérature américaine francophone.
Les enjeux qu’elle soulève, bien qu’ils s’inscrivent dans un contexte historique et politique précis, possèdent une actualité bien réelle. Les récentes théories sur le queer, le kitsch, l’américanité, l’hétérogénéité, le plurilinguisme, l’intermédialité et le performatif permettent de jeter un éclairage nouveau sur l’œuvre de Josée Yvon. Des titres comme Filles-commandos bandées, Travesties-kamikazes ou Maîtresses-Cherokees font figure de pionniers par rapport à ces questionnements qui habitent la critique et la création littéraires depuis quelques années.
Les livres de Josée Yvon placent le lecteur dans une position d’inconfort. Son écriture est inhospitalière, profondément dérangeante. Ce trouble, qu’on aurait tort de réduire à une simple volonté de provocation héritée du rock ou du mouvement hippie, constitue la charge à l’œuvre chez cette écrivaine que plusieurs apprécient sans oser l’avouer haut et fort. L’écriture cruelle de Josée Yvon est une des rares qui bousculent véritablement ceux et celles qui en font la lecture. Personne ne saurait être chez soi dans son œuvre. Nous y sommes, comme l’écrivait Jean Royer, dans « un monde qui meurt du poids de sa tendresse ». Ces fortes tensions, constitutives de l’écriture de Josée Yvon, en font une œuvre puissante, qu’il importe de considérer à sa juste valeur.
Titre du colloque :
Thème du colloque :