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Hélène Belleau : INRS - Institut national de la recherche scientifique
Au Québec, les familles sont de
plus en plus nombreuses à occuper une place en marge du droit. On ne se marie
plus autant qu'avant – parfois par choix, mais parfois aussi, semble-t-il, par
une sorte d'inertie, ou par méconnaissance des effets juridiques de l'union
libre. Lorsque survient une rupture, qu'ils soient mariés ou non, certains
privilégient aussi de négocier des « ententes à l'amiable » à l'écart
du droit, alors que d'autres passent par la médiation familiale ou font appel à
des avocats pour régler leurs différends. Au cœur de se phénomène, se trouve
une question centrale : le droit est-il en phase avec les normes qui
façonnent les relations conjugales contemporaines ? Quelles conceptions les
hommes et les femmes qui vivent en couple laissent-ils voir du
droit lorsque survient une rupture ? L'examen des discussions et des
pratiques conjugales qui suivent une rupture permettent d'examiner les
dynamiques qui prévalaient durant l'union mais aussi les
négociations/redéfinitions des arrangements antérieurs en lien avec deux
univers normatifs, celui de la conjugalité et celui du droit. Centrés sur ces questions,
cet exposé présentera les analyses préliminaires d'une étude en cours réalisée
auprès d'une trentaine d'hommes et de femmes ayant vécu une séparation. Elles
s'appuient sur un corpus d'entretiens qualitatifs réalisés en 2011-2012
principalement dans les grands centres urbains du Québec.
Au sein du couple, la prise de décision se fait le plus souvent sans vraiment s’en rendre compte dans le cadre d’une « simple » discussion. Cette simplicité ne doit cependant pas occulter le fait que toute décision entre partenaires est le fruit d’une négociation. La négociation est un processus d’identification et de choix spécifiques à partir d’une situation d’incertitude par lequel au moins deux parties recherchent un accord par un échange de contreparties. Il s’agit en somme d’une relation sociale, dans laquelle les acteurs confrontent leurs divergences et interdépendances et décident volontairement de rechercher, ou non, une solution, un accord mutuellement acceptable. Prendre la négociation comme objet d’étude, c’est dès lors se donner les moyens d’analyser, de déconstruire méthodiquement et de comprendre des relations interindividuelles, parfois délicates et comportant des enjeux communicationnels et de pouvoir. Si la négociation se situe à tous les plans de la vie sociale (personnelle, conjugale, familiale et professionnelle), dans le cadre de ce colloque nous porterons notre attention sur la négociation au sein du couple. Peu d’études, à notre connaissance, se sont focalisées sur les processus de décision entre les partenaires que ce soit dans la gestion de l’argent et des biens ou dans la sphère intime touchant la sexualité, la protection contre les ITSS, la reproduction et le désir d’enfant. Ce colloque a pour objectif d’explorer ces dimensions à partir de réflexions théoriques et de présentations de résultats empiriques dans ce domaine en analysant non seulement les stratégies décisionnelles des individus mais aussi les contextes sociaux dans lesquels ils prennent place. Au-delà des discours et effets des décisions prises au sein des couples, c’est toute la genèse des stratégies mises en place par les différents acteurs qui est à explorer ainsi que les enjeux individuels, familiaux, de couple, voire de genre qui sont au cœur de ces processus de négociation.
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