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Gabriel Marcoux-Chabot : Université Laval
Comment un écrivain peut-il arriver à communiquer au plus grand nombre sa vision personnelle du monde ? C'est à cette question qui hante au quotidien mon travail d'écriture et qui motive l'essentiel de mes recherches que je tâcherai de répondre par le biais d'une réflexion inspirée par la pensée du philosophe Owen Barfield. Considérant à sa suite qu'existent deux façons antagonistes d'investir le langage, l'une pouvant être qualifiée de poétique et l'autre de prosaïque, je mettrai en lumière la nature radicalement différente des rapports entre créateur et récepteur que suppose chacune de ces approches. Je montrerai comment la prose favorise la communication entre l'écrivain et son lecteur à l'intérieur d'un monde partagé,
déjà connu et conceptualisé par le langage, un monde dont les mots servent à rendre compte de la façon la plus transparente possible, alors que la poésie permet d'exprimer l'expérience singulière du créateur, sa vision personnelle d'un univers que les mots ne sauraient entièrement recouvrir et que le récepteur peut ou non être en mesure de recevoir comme une révélation. Partant du fait que ces approches ne sont nullement exclusives et que tout texte s'inscrit dans une tension constante entre prose et poésie, je postulerai qu'un écrivain conscient des ressources à sa disposition peut mettre à profit cette tension et, par un jeu d'équilibres et de déséquilibres, espérer être en mesure de communiquer à un vaste public ses idées les plus singulières.
L’œuvre d’art appelle à être reçue. Elle prend son sens dans cette complémentarité essentielle entre le créateur qui la met au jour et le récepteur qui la consomme, l’interprète, la fait résonner avec ses propres acquis et affects. Michel Tournier exprime cet apport du récepteur, en parlant du lecteur : « Un livre écrit, mais non lu, n'existe pas pleinement. Il ne possède qu’une demi-existence. [...] À peine un livre s’est-il abattu sur un lecteur qu’il [...] fleurit, s’épanouit, devient enfin ce qu’il est : un monde imaginaire foisonnant, où se mêlent […] les intentions de l’écrivain et les fantasmes du lecteur. » Ainsi, dans ce partage entre créateur et récepteur, une nouvelle œuvre se crée.
Ce constat nous amène à questionner le rapport du créateur à son récepteur. Livrant son œuvre au public, le créateur subit attentes, questionnements, découvertes. Où se place-t-il dans cet immense réseau ? Depuis les mains du consommateur pur à celles du critique, en passant par celles de l’analyste et du professionnel académique, l’œuvre prend et perd du sens, le créateur et son intention prennent et perdent de l’importance.
Cette table ronde veut encourager l’échange de réflexions sur la pratique artistique qui, à l’époque qui est la nôtre, subit moult transformations. L’œuvre existe en effet grâce à différents supports, en mode instantané ou permanent. Elle s’inscrit dans plusieurs contextes possibles. Et sa réception se voit accorder une place privilégiée, encouragée par un univers médiatique foisonnant. En réunissant créateurs, chercheurs ainsi que chercheurs-créateurs et étudiants aux cycles supérieurs dont les intérêts concernent plusieurs formes d’art, nous interrogerons la création et la réception des œuvres de manière large et selon des angles variés : le lien entre le créateur et les attentes, le rapport entre le lecteur-créateur et sa propre création, la relation entre le contexte et le texte, ou même la norme artistique, l’effet de censure, etc.
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