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Marie-Claude Thifault : Université d'Ottawa
C'est au XIXe siècle que se popularisent la pratique épistolaire et celles des autres formes de l'écriture telle que le journal intime. Selon Alain Corbin, « … le XIXe siècle est le grand siècle de la confession, tout au moins féminine ». L'écriture de soi est une démarche qui s'intensifie et qui semble s'imposer, jusqu'à la mi-temps du XXe siècle, en particulier, dans les familles chez qui on privilégie les compétences d'écriture. La correspondance familiale, au cœur de notre propos, nous donne un accès unique pour repérer et analyser l'émotion d'une « folle » dans sa quête de maintenir le réseau de proches dont elle s'est trouvée exclue pendant près de trente ans. Devenue orpheline de père à 12 ans, Marguerite-Marie, souffrant d'épilepsie, est internée à Saint-Jean-de-Dieu. Elle vécut à l'asile, sous les soins des Sœurs de la Providence, jusqu'à sa mort en 1950.
Cette étude de cas tient de la découverte d'une source rare : lettres d'une patiente que reçurent sa mère et ses sœurs. Ce courrier précieusement conservé dans les archives familiales dévoile un récit de vie asilaire grinçant et sarcastique. L'histoire du perceptible dans un temps long d'internement asilaire et l'histoire de la singularité, comme l'a démontré Judith Lyon-Caen (2006), demeurent des voix uniques pour découvrir la lenteur des jours, l'ennui et les frustrations intimes, ici, d'une internée aux talents inusités.
Dans Lire le délire, Juan Rigoli montre comment l’écriture et la folie ont très tôt été associées l’une à l’autre. D’une « lecture » des signes de la folie dans les comportements, les gestes et le langage de leurs patients, les aliénistes du 19e siècle en viennent rapidement à s’intéresser à leurs écrits, considérés comme de véritables outils diagnostiques. Dans ce passage du corps au texte, de la personne à son expression dans et par l’écrit, se dessine un lien ténu entre la psychiatrie naissante et la littérature, mais aussi entre le fou et l’écrivain : ce rapport alimentera tout autant (mais différemment) les romantiques que les surréalistes, trouvera écho dans les théories freudiennes et consécration dans l’Art brut de Dubuffet. Est ainsi interrogée la limite entre raison et déraison, de même que les (més)usages du langage – du témoignage au ludisme langagier et à la re-création verbale. Au-delà de la folie (entendue comme maladie mentale), il existe de nombreux textes littéraires qui présentent également un rapport singulier à la norme et au langage; leurs auteurs ne sont pas fous, mais une certaine « folie », une excentricité marque leurs écrits, que l’on peut qualifier d’« irréguliers ». Ce colloque se penche d’abord sur la relation entre folie et écriture, mais il se propose aussi d’explorer sous divers angles le rapport de l’expérience des marges à la littérature. La problématique s’élargit donc pour s’étendre des écritures subversives (surtout des fous) à ces écrits irréguliers. Bien que son orientation soit littéraire, le colloque interpelle d’autres disciplines (sémiotique, psychiatrie, histoire, sociologie); de même, le terme « écritures » pourra être entendu dans son sens le plus large.
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