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Internet : entre lecteurs et auteurs — d'un site l'autre : écritures polyphoniques

AM

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Arnaud Maïsetti : Université Paris Cité

Résumé de la communication

Le basculement d'internet, personne ne pourrait en déterminer les véritables sources, mais chacun peut assister aux révolutions neuves qui s'ouvrent, bouleversant les fondements qui avaient présidé à la pensée et à la structuration du fait littéraire. L'une de ses révolutions coperniciennes les plus spectaculaires, c'est ce renversement des vieilles catégories hiérarchisant écriture et lecture, qui avaient pourtant fini par définir l'essence du fonctionnement littéraire : d'un côté l'auteur, origine de l'écriture et garant de son sens, de sa clôture, des termes de l'échange ; de l'autre, le lecteur, espace de réception, lieu de la secondarité de l'œuvre, instance de jugement. Dans la constitution de la toile s'impose un autre agencement, moins latéral et déterminé, davantage machinique, fragmenté, comme désorganisé. Se renouvellent donc les notions de temps et d'espace de l'écriture ou de la lecture : dans les flux qui s'opèrent d'un site à l'autre ; sur la page du texte ou depuis les bords éloignés des sites ; en commentaire ou sur les réseaux sociaux ; dans des échanges plus ritualisés : l'écriture et la lecture ne s'effectuent plus selon les anciens codes de la différance (du temps différé et de l'espace éloigné) – mais se traversent et font du texte l'élément d'une rencontre. Sur internet, les anciens statuts se fracturent de l'intérieur : le lecteur est toujours déjà auteur. Quels bouleversements dans le geste même d'écrire, qui l'affectent et le renouvellent ?

Résumé du colloque

L’œuvre d’art appelle à être reçue. Elle prend son sens dans cette complémentarité essentielle entre le créateur qui la met au jour et le récepteur qui la consomme, l’interprète, la fait résonner avec ses propres acquis et affects. Michel Tournier exprime cet apport du récepteur, en parlant du lecteur : « Un livre écrit, mais non lu, n'existe pas pleinement. Il ne possède qu’une demi-existence. [...] À peine un livre s’est-il abattu sur un lecteur qu’il [...] fleurit, s’épanouit, devient enfin ce qu’il est : un monde imaginaire foisonnant, où se mêlent […] les intentions de l’écrivain et les fantasmes du lecteur. » Ainsi, dans ce partage entre créateur et récepteur, une nouvelle œuvre se crée.

Ce constat nous amène à questionner le rapport du créateur à son récepteur. Livrant son œuvre au public, le créateur subit attentes, questionnements, découvertes. Où se place-t-il dans cet immense réseau ? Depuis les mains du consommateur pur à celles du critique, en passant par celles de l’analyste et du professionnel académique, l’œuvre prend et perd du sens, le créateur et son intention prennent et perdent de l’importance.

Cette table ronde veut encourager l’échange de réflexions sur la pratique artistique qui, à l’époque qui est la nôtre, subit moult transformations. L’œuvre existe en effet grâce à différents supports, en mode instantané ou permanent. Elle s’inscrit dans plusieurs contextes possibles. Et sa réception se voit accorder une place privilégiée, encouragée par un univers médiatique foisonnant. En réunissant créateurs, chercheurs ainsi que chercheurs-créateurs et étudiants aux cycles supérieurs dont les intérêts concernent plusieurs formes d’art, nous interrogerons la création et la réception des œuvres de manière large et selon des angles variés : le lien entre le créateur et les attentes, le rapport entre le lecteur-créateur et sa propre création, la relation entre le contexte et le texte, ou même la norme artistique, l’effet de censure, etc.

Contexte

section icon Thème du congrès 2012 (80e édition) :
Parce que j’aime le savoir
manager icon Responsables :
Cassie Bérard
section icon Date : 8 mai 2012

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