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Camille Froidevaux-Metterie : Université de Reims Champagne-Ardenne
L'évolution récente de l'expérience féminine ressort selon nous d'une véritable mutation anthropologique, au travers notamment du processus en cours de désexualisation de la procréation. Du fait d'un certain nombre d'évolutions scientifiques et juridiques, la responsabilité du renouvellement des générations ne repose plus sur les seules épaules féminines. Le découplage du maternel et du féminin nous semble ainsi un horizon plausible. Il nous laisse devant une interrogation : où se loge désormais le féminin ? Nous postulons que le souci des femmes pour leur apparence participe de cette interrogation. L'obsession esthétique n'est pas qu'un phénomène médiatique, elle révèle le malaise de toutes celles qui ne savent plus comment attester de leur féminité maintenant qu'elles vivent et se pensent comme des sujets, dans la neutralité postulée de leur statut socio-professionnel. La quête de la beauté ne peut-elle pas être interrogée dans une perspective positive et identitaire ? Se faire belle, ce n'est pas céder aux diktats masculins exigeant des femmes qu'elles soient désirables ; ce n'est pas non plus souscrire aux impératifs socialement valorisés de la réussite et de la maîtrise de soi. Se faire belle, ce serait tout simplement se donner à voir comme un individu de sexe féminin dans un monde désexualisé. Les signes extérieurs de féminité pourraient ainsi être compris comme autant de signaux révélant derrière le paraître quelque chose de l'être de celle qui les renvoie.
La désexualisation des statuts sociaux et des rôles familiaux en Occident a fait s’évanouir les évidences du passé sur les identités sexuées. L'égalisation des parcours dans la sphère socioprofessionnelle et l'accès désormais partagé au projet d'enfant ont brouillé les catégories usuelles qui permettaient de penser le féminin et le masculin. Comment s'assurer de son identité de femme quand on ne dispose plus de façon exclusive de la prérogative maternelle? Où loger sa féminité quand ses signes extérieurs sont assimilés à une soumission aux injonctions masculines? Comment « être homme » quand la doxa sociale tend à délégitimer le viril? Peut-on se poser légitimement la question de l'existence d'une condition « féminine » et d'une condition « masculine »? En un mot, quels sont les ressorts d'un enracinement de ce que nous proposons de continuer d'appeler le féminin et le masculin, mais dont la définition pose aujourd'hui question?
Une réflexion s'impose qui devra, dans une perspective pluridisciplinaire, explorer les chemins empruntés par les hommes et les femmes pour se penser et se donner à voir comme des individus de sexe masculin ou de sexe féminin. Sans nier la permanence d'une emprise du social sur les destins individuels, il faut remarquer que ceux-ci se présentent aujourd’hui comme des projets personnels susceptibles de suivre toutes sortes de trajectoires. Pour comprendre comment hommes et femmes s’assument en tant que sujets autonomes sexués, et ce, dans les dimensions privée et publique de leurs existences, plusieurs thématiques devront être abordées : le souci esthétique et la séduction, la maternité et la paternité, les relations entre les sexes, la recomposition des rôles, etc. Il s'agira de mettre au jour les modalités d'un rapport à soi et au monde inédit, orienté vers l'horizon de l'égalité de sexes, déterminé par le primat social de l'individualisme, mais enjoint dans le même temps à une certaine incarnation de la différence de sexe.
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