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Sylvie Grosjean : Université d'Ottawa
L'objectif de cette communication est d'étudier « la fabrique de la décision » comme étant une activité conjointe de production de sens et d'engagements qui se constitue progressivement au cours d'une interaction. Une réunion de conception collaborative de produit nous offrira un cadre empirique intéressant pour saisir le processus de co-construction d'une décision collective. Nous montrerons, par une approche multimodale de l'interaction, qu'une décision collective est l'accomplissement d'engagements successifs. Plus spécifiquement, nous verrons comment la décision finale relative au produit à concevoir s'appuie sur un ensemble de micro-décisions qui donnent lieu à des irréversibilités locales portées tant par les « dires » que les « faires » des acteurs organisationnels. Nous verrons qu'il est impossible de concevoir la décision sans s'interroger sur le statut de ces engagements successifs qui l'a constitue progressivement.
La communication des organisations, telle que développée à partir des théories des actes de langage ou de la pragmatique, est une production langagière voire discursive (Taylor et Van Every, 2000 ; Gramaccia, 2001) qui est rendue possible par l’engagement de ses interlocuteurs (Searle, 1972 ; Winograd, 1988).
Cet engagement est une des conditions de l’interaction et de la réalisation des effets perlocutoires qui permet à un acteur ou locuteur d’amener un interlocuteur à agir. Nous retrouvons cette notion dans ce que Mead (1934) appelle l’action conjointe. Pour lui, l’homme est un acteur capable de transformer sa relation au monde. Il y a deux formes d’interaction sociale : l’interaction non symbolique et symbolique. Dans l’action conjointe, l’interaction symbolique prévaut car les différents acteurs de l’interaction interprètent les gestes et actes de l’autre de façon symbolique. Elle implique l'interprétation des actions de l'autre et les indications sur la façon dont l’autre personne doit agir (Mead, 1934). Nous parlons donc d’action conjointe, ou d’engagement de la part de chacun des interlocuteurs pour comprendre et interpréter les actes d’autrui. L’action conjointe est une forme collective de l’action, où les participants adaptent leurs propres actes à ceux en cours et guident ainsi l’autre dans sa manière de (ré)agir (Mead,1934).
Ainsi, l’action peut être une adaptation à la nature de la relation entre acteurs. Mais la théorie des actes de langage ne nous informe pas sur la façon dont se développe et se maintient la relation. Cela nous semble pourtant essentiel pour comprendre la formation de l’effet perlocutoire. Car si la force illocutoire et la performativité sont des concepts qui ont été largement repris, les modalités de l’engagement qui en permettent la portée heuristique méritent encore d’être développées.
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