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Thomas Beauvisage : Orange
Les outils numériques ont multiplié les possibilités, pour le téléspectateur, de consommer les programmes télévisés à la demande, « où il veut, quand il veut ». Pour certains analystes, cette évolution marque « la fin de la télévision » comme pratique culturelle, conçue comme le fait pour une audience dispersée de regarder le même programme au même moment. Pour autant, la possibilité technique de consommer des programmes très variés à tout moment ne détermine pas la forme de la consommation.
Nous avons constitué, à partir d'outils informatiques ad-hoc, une base de données des audiences journalières de l'ensemble des programmes proposés à la consommation de rattrapage sur le Web par les chaînes de télévision françaises. Nous observons que, contrairement à ce que suppose la théorie de la « longue traîne », les audiences sont plus concentrées sur le web que sur le flux télévisé : la consommation à la demande est moins diversifiée que celle de la télévision classique. La consommation des contenus télévisés intervient dans les jours qui suivent immédiatement leur diffusion par la chaîne : les consommateurs de programmes à la demande restent donc attachés à la temporalité collective fixée par les chaînes. Ces deux observations conduisent à affirmer que la consommation à la demande n'annule pas la capacité de la télévision à réunir des audiences pour partager des contenus. Nous nuançons pour finir ces constats en fonction des différents types de contenus.
Depuis plusieurs années, les nouvelles technologies diversifient l’accès aux arts et à la culture. Elles peuvent avoir un effet cumulatif sur l’offre culturelle et favoriser la consommation des groupes déjà fortement dotés en capital culturel. Elles peuvent aussi contribuer à la spécialisation des publics. À cela s’ajoute l’effet de la composition démographique des sociétés occidentales qui comptent désormais des groupes issus de différentes communautés ethnoculturelles et linguistiques. On assiste, en effet, à la multiplication des réseaux dans lesquels des communautés de goûts réunies autour de certains produits culturels valident leurs choix et légitiment leurs pratiques culturelles. Comment interpréter le rôle traditionnel des pairs dans la transmission des goûts pour la culture dans ce contexte ? Les nouvelles technologies génèrent-elles systématiquement de nouveaux publics ? Comment les processus de médiation culturelle s’en trouvent affectés ? Ces questions invitent également à repenser à la proximité de l’artiste et de son public, au poids des industries culturelles et de la création indépendante dans cette nouvelle donne, aux objectifs de démocratisation et de démocraties culturelles des administrations publiques, mais aussi aux liens entre des référents culturels transmis par ces nouvelles pratiques et leur impact sur l’identité collective dans un espace sociopolitique donné. Ce colloque propose donc d’examiner les transformations des pratiques culturelles liées aux technologies numériques et leurs conséquences sur les différents acteurs des arts et de la culture.