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Mickael Chacha Enriquez : UQAM - Université du Québec à Montréal
La militance trans est en plein essor au Québec depuis ces vingt dernières années. Cela se voit par la création ou l'essor d'associations trans, de projets trans au sein d'organismes de santé ou au sein d'organismes LGBTQ (lesbiens, gais, bis, trans, queers). Ces militants et militantes combattent la transphobie. Celle-ci peut se définir comme l'oppression spécifique que subissent les personnes trans : la violence, le mépris et les discriminations qui s'en prennent aux personnes qui transgressent les frontières du sexe et du genre. Leur lutte s'inscrit donc dans une remise en cause des rapports sociaux de sexe et de genre, qui se situent au cœur du féminisme. Douze entrevues semi-structurées ont été réalisées en 2010 avec des militants et militantes trans québécois appartenant à trois générations. En utilisant d'une part la sociologie des mouvements sociaux, d'autre part les études féministes, queers, et trans, l'objectif de cette présentation sera de décomposer les liens entre les militances trans et féministes. Nous explorerons, à partir du point de vue des personnes trans quelles sont les convergences et les dissonances entre leur militance et celles des féministes ? Comment prennent-ils et elles en compte des enjeux féministes, et inversement, quelle est leur perception de la prise en compte des enjeux trans par les militantes féministes ? Finalement, nous exposerons des pistes afin d'améliorer les liens entre ces militances.
Les mouvements sociaux ont été et demeurent à l’avant-garde du progrès social. On ne compte plus les manifestations organisées contre les inégalités, les injustices et l’absence de démocratie. Ces manifestations donnent lieu à des mouvements parfois puissants et durables. Plusieurs d’entre eux remettent en cause des rapports de domination, que l’on pense au mouvement des femmes, à la mobilisation LGBT, aux actions antiracistes. D’autres s’articulent à des luttes sociales comme le mouvement ouvrier et syndical, les mouvements étudiants, l’altermondialisation. Actives dans tous ces mouvements, des féministes tentent d’articuler et de décliner toutes les formes d’émancipation.
Il nous semble intéressant de repérer certaines convergences mais aussi les dissonances entre les féminismes et les autres luttes et mouvements sociaux. Le féminisme a-t-il laissé ses marques dans les autres formes de résistances? Le rapport entre le personnel et le politique constitue-t-il un point de convergence avec les luttes des femmes, permettant, par exemple, une personnalisation de l’implication ou une identification avec la cause? Qu’en est-il de la non-différenciation entre la fin et les moyens? De la critique de l’autorité et du pouvoir?
On a historiquement reproché aux groupes de gauche de reproduire la hiérarchie des sexes et des genres et de négliger les préoccupations féministes. Certaines études laissent à penser que cette hiérarchie des luttes existe aussi dans des luttes actuelles (altermondialiste, étudiante) ou du moins elles montrent la difficile prise en charge des analyses féministes par des mouvements et luttes mixtes. À l’occasion de ce colloque, nous aimerions mettre en lumière des éléments d’intégration et de non-intégration.