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Jean-Christophe Demers
L'adolescence peut être prise comme le moment d'entrée active dans la société des individus. Plusieurs pratiques typiques de l'âge adolescent témoignent de son mandat d'éveil de l'individu au souci de sa propre réalisation personnelle. L'exigence croissante d'autocontrainte, d'autonomie et de singularisation semble indiquer un passage de plus en plus affirmé d'une sociabilité individualiste tournée vers l'idéal de raison et d'accomplissement statuaire, vers une sociabilité tendue vers l'idéal d'authenticité et de singularisation reportant au second plan l'importance des logiques institutionnelles. Dans une telle perspective, l'adolescence serait à comprendre comme un espace ouvrant vers la réalisation pratique de l'individualisme expressif. Pourtant, certaines pratiques adolescentes semblent difficilement compréhensibles en dehors de certaines catégories sociales instituées, et présentent des différences notables d'individu en individu sur la base de ces distinctions. C'est le cas des différences de genre, qui, dans le domaine de la sexualité, semblent résister et tenir face aux assauts répétés de l'exigence de subjectivation. La question que pose cette communication est la suivante : dans la mesure où la sexualité adolescente semble largement devenir un moyen privilégié et un passage obligé dans le développement de la subjectivité de l'individu, quelle est en son sein la place de l'altérité fondée sur le sexe et construite sous des figures de genre ?
La désexualisation des statuts sociaux et des rôles familiaux en Occident a fait s’évanouir les évidences du passé sur les identités sexuées. L'égalisation des parcours dans la sphère socioprofessionnelle et l'accès désormais partagé au projet d'enfant ont brouillé les catégories usuelles qui permettaient de penser le féminin et le masculin. Comment s'assurer de son identité de femme quand on ne dispose plus de façon exclusive de la prérogative maternelle? Où loger sa féminité quand ses signes extérieurs sont assimilés à une soumission aux injonctions masculines? Comment « être homme » quand la doxa sociale tend à délégitimer le viril? Peut-on se poser légitimement la question de l'existence d'une condition « féminine » et d'une condition « masculine »? En un mot, quels sont les ressorts d'un enracinement de ce que nous proposons de continuer d'appeler le féminin et le masculin, mais dont la définition pose aujourd'hui question?
Une réflexion s'impose qui devra, dans une perspective pluridisciplinaire, explorer les chemins empruntés par les hommes et les femmes pour se penser et se donner à voir comme des individus de sexe masculin ou de sexe féminin. Sans nier la permanence d'une emprise du social sur les destins individuels, il faut remarquer que ceux-ci se présentent aujourd’hui comme des projets personnels susceptibles de suivre toutes sortes de trajectoires. Pour comprendre comment hommes et femmes s’assument en tant que sujets autonomes sexués, et ce, dans les dimensions privée et publique de leurs existences, plusieurs thématiques devront être abordées : le souci esthétique et la séduction, la maternité et la paternité, les relations entre les sexes, la recomposition des rôles, etc. Il s'agira de mettre au jour les modalités d'un rapport à soi et au monde inédit, orienté vers l'horizon de l'égalité de sexes, déterminé par le primat social de l'individualisme, mais enjoint dans le même temps à une certaine incarnation de la différence de sexe.
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