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Gino Gramaccia : Université de Bordeaux
L'anticipation du risque, la gestion des crises ou des catastrophes ou, plus positivement, l'invocation, pour une entreprise, de sa "responsabilité sociale" sont des formes diverses d'engagement en directiondes parties prenantes diversement concernés par l'impact de ses activités économiques, de ses"externalités négatives". Il faut garantir ou rétablir la réputation, la légitimité sociale du groupe, restaurer la confiance ou, plus encore, arbitrer en faveur de choix stratégiques conformes à une éthique affichée. Tout cela est admis. Mais cette construction symbolique, au cœur de la communication de l'entreprise et, au fond, d'un discours de légitimation sociétale, s'appuie sur ce que nous proposons d'appeler une "stratégie sincère" en faveur d'un engagement responsable. Cette figure s'apparente à un oxymore. Elle devient ici une injonction ou encore une sommation à se justifier dans la sphère publique : le fait de désigner comme oxymore la sincérité stratégique constitue une pause critique dans la "fabrication" du discours environnementaliste, en particulier lorsqu'il s'agit, par exemple, pour un grand groupe impliqué dans une catastrophe, defournir, comme autant de performatifs, des explications, de présenter des excuses, de rassurer des victimes, de redorer son blason. Pointer l'oxymore en révélant l'impossibilité d'être sincère lorsqu'on élabore une stratégie de restauration éthique (pour le dire vite), restaure surtout les conditions du débat public.
La communication des organisations, telle que développée à partir des théories des actes de langage ou de la pragmatique, est une production langagière voire discursive (Taylor et Van Every, 2000 ; Gramaccia, 2001) qui est rendue possible par l’engagement de ses interlocuteurs (Searle, 1972 ; Winograd, 1988).
Cet engagement est une des conditions de l’interaction et de la réalisation des effets perlocutoires qui permet à un acteur ou locuteur d’amener un interlocuteur à agir. Nous retrouvons cette notion dans ce que Mead (1934) appelle l’action conjointe. Pour lui, l’homme est un acteur capable de transformer sa relation au monde. Il y a deux formes d’interaction sociale : l’interaction non symbolique et symbolique. Dans l’action conjointe, l’interaction symbolique prévaut car les différents acteurs de l’interaction interprètent les gestes et actes de l’autre de façon symbolique. Elle implique l'interprétation des actions de l'autre et les indications sur la façon dont l’autre personne doit agir (Mead, 1934). Nous parlons donc d’action conjointe, ou d’engagement de la part de chacun des interlocuteurs pour comprendre et interpréter les actes d’autrui. L’action conjointe est une forme collective de l’action, où les participants adaptent leurs propres actes à ceux en cours et guident ainsi l’autre dans sa manière de (ré)agir (Mead,1934).
Ainsi, l’action peut être une adaptation à la nature de la relation entre acteurs. Mais la théorie des actes de langage ne nous informe pas sur la façon dont se développe et se maintient la relation. Cela nous semble pourtant essentiel pour comprendre la formation de l’effet perlocutoire. Car si la force illocutoire et la performativité sont des concepts qui ont été largement repris, les modalités de l’engagement qui en permettent la portée heuristique méritent encore d’être développées.
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