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Emmanuel Ravalet : EPFL - École Polytechnique fédérale de Lausanne
Alors que la mobilité symbolise la réussite, la liberté, la rencontre, alors que la capacité à se mouvoir apparaît comme nécessaire au bien-être social dans nos sociétés hyper-mobiles, que doit-on penser des modes de vies repliés dans l'espace ? Quelle est la ville de la proximité ? Quelles sont les populations qui la font et dans quelle mesure les modes de vie et les modes de ville associés révèlent-ils des dynamiques de ségrégation ou d'exclusion ? Nous étudions dans cet article les marcheurs urbains, i.e. les citadins n'utilisant que la marche à pied pour se déplacer. En définissant la structure socio-économique et démographique de la population concernée, puis en analysant les déplacements individuels, nous souhaitons caractériser des manières de vivre la ville qui sont parfois subies, parfois choisies. Ce travail s'appuie sur des données d'enquêtes-ménages réalisées à Lyon en 1996 et en 2008, ce qui permettra de mettre en évidence les récentes évolutions dans les modes de vie urbains. Aujourd'hui, s'il est une ville marchée, de la proximité, elle est avant tout celle des exclus.
Longtemps considérée comme le simple résultat des effets de friction de l’espace sur l’accessibilité des territoires, la mobilité est aujourd’hui davantage considérée comme un élément contribuant à la constitution du capital territorial, soit l’ensemble des ressources au sein d’un territoire qu’un individu peut mobiliser pour améliorer ses conditions de vie et de bien-être. Cette forme de capital varie en fonction du territoire de référence, des ressources disponibles au sein de celui-ci et des compétences individuelles. Avoir la maîtrise de sa mobilité constitue ainsi une source de pouvoir et contribue au développement et au maintien des identités individuelles et collectives. Or, l’étalement urbain, rendu possible par l’évolution des technologies de transport et plus visible avec le phénomène de métropolisation, crée des espaces de vie complexes et étendus, où les déplacements sont nombreux, où les échanges en face à face de plus en plus difficiles et où peuvent émerger divers conflits.
De plus en plus, les recherches sur la mobilité vont au-delà du couple mobilité-déplacement pour s’intéresser davantage au lien entre la mobilité et la qualité de vie, mettant en relief les différences et l’évolution des compétences de mobilité individuelles ainsi que des perceptions et des significations des déplacements et des territoires. Le droit à la mobilité est-il devenu le nouveau droit à la ville? Les potentiels de mobilité risquent-ils de créer et d’accentuer des inégalités spatiales, voire d’engendrer de nouvelles situations d’exclusion s’ajoutant à celles déjà bien connues? En s’intéressant au couple mobilité-interaction, le colloque traite de la mobilité à la fois comme source d’inclusion et d’exclusion et surtout comme génératrice et tributaire de pratiques spatiales émergentes. Il aborde la mobilité (et l’immobilité) en s’intéressant davantage aux échanges, aux possibilités d’interactions qu’elle permet… ou pas.
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