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À l'orée d'une vie littéraire, plusieurs écrivains débutants affichent à l'idée de la lecture (à venir ou survenue) une multitude d'attentes, des empreintes de désir, dont celle qui voudrait qu'ils trouvent, automatiquement, dans la lecture de leur œuvre, la confirmation de leur intention première. Or, dans cette équation à trois êtres (écrivain – œuvre – lecteur) peu de choses peuvent faire l'objet d'une réelle maîtrise de la part du créateur, si ce n'est, justement, cette intention même dont le «remplissage» (l'épreuve réelle de la lecture) ne lui
appartiendrait plus (ou plus tout à fait). Deux voies m'ont, récemment, semblées assez justes afin de penser ce rapport. La première, esthétique, l'«effet de vie», proposé Marc-Mathieu Münch, suggère qu'il existerait dans le phénomène littéraire une constante, par-delà tous les pluriels du beau et les relativismes esthétiques, la création, chez le récepteur, chez le lecteur d'un «effet de vie». La seconde est d'ordre éthique, s'inspire de travaux de Jean-Michel Maulpoix ou encore de Yvon Rivard, et tient du don, de l'offrande, du cadeau. Elle pose le désir littéraire dans l'horizon d'une assistance à autrui, d'une générosité, voire d'un espoir. En un sens, il me semble que ces deux possibilités ne sont pas incompatibles, mais bien plutôt, complémentaires et peuvent guider tout créateur dans son rapport, parfois houleux, parfois fragile, avec son récepteur (tout aussi fantomatique soit-il).
L’œuvre d’art appelle à être reçue. Elle prend son sens dans cette complémentarité essentielle entre le créateur qui la met au jour et le récepteur qui la consomme, l’interprète, la fait résonner avec ses propres acquis et affects. Michel Tournier exprime cet apport du récepteur, en parlant du lecteur : « Un livre écrit, mais non lu, n'existe pas pleinement. Il ne possède qu’une demi-existence. [...] À peine un livre s’est-il abattu sur un lecteur qu’il [...] fleurit, s’épanouit, devient enfin ce qu’il est : un monde imaginaire foisonnant, où se mêlent […] les intentions de l’écrivain et les fantasmes du lecteur. » Ainsi, dans ce partage entre créateur et récepteur, une nouvelle œuvre se crée.
Ce constat nous amène à questionner le rapport du créateur à son récepteur. Livrant son œuvre au public, le créateur subit attentes, questionnements, découvertes. Où se place-t-il dans cet immense réseau ? Depuis les mains du consommateur pur à celles du critique, en passant par celles de l’analyste et du professionnel académique, l’œuvre prend et perd du sens, le créateur et son intention prennent et perdent de l’importance.
Cette table ronde veut encourager l’échange de réflexions sur la pratique artistique qui, à l’époque qui est la nôtre, subit moult transformations. L’œuvre existe en effet grâce à différents supports, en mode instantané ou permanent. Elle s’inscrit dans plusieurs contextes possibles. Et sa réception se voit accorder une place privilégiée, encouragée par un univers médiatique foisonnant. En réunissant créateurs, chercheurs ainsi que chercheurs-créateurs et étudiants aux cycles supérieurs dont les intérêts concernent plusieurs formes d’art, nous interrogerons la création et la réception des œuvres de manière large et selon des angles variés : le lien entre le créateur et les attentes, le rapport entre le lecteur-créateur et sa propre création, la relation entre le contexte et le texte, ou même la norme artistique, l’effet de censure, etc.
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