Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Adeline Thulard : Université de Lyon
Les spectacles de Pina Bausch proposent au spectateur un parcours dans lequel celui-ci doit être ouvert aux images, de manière à en ressentir les effets plus qu'à en exprimer le sens. La scène emblématique de Café Muller où un homme et une femme s'étreignent, puis changent de positions à l'infini peut entraîner le rire ou les larmes : « Je sais ce que l'on peut ressentir et ce que la moindre nuance peut provoquer ». C'est à partir de ce principe que Bausch construit ses images et en opère le montage, créant un parcours d'intensités permettant la rencontre avec l'autre. A travers ses œuvres et celles de Pippo Delbono, nous pouvons voir des exemples de la façon dont, dans une partie de la production
théâtrale contemporaine, le rapport entre créateur et spectateur, intime et prédictif, peut être éclairé par l'expérience poétique du lecteur bachelardien, inscrit dans l'œuvre par un travail sur les images. Le spectateur vit leur résonnance: ses souvenirs, son intimité l'animent de nouveau momentanément. Les spectacles de Delbono jouent sur des archétypes souvent inconscients qui permettent une réception intersubjective. Le spectateur éprouve un phénomène de retentissement, vécu comme une épiphanie individuelle où il se fond dans l'image avec le créateur. Il vit l'imagination en acte sur scène et se rencontre lui-même dans les images. Cette relation intime de partage entre spectateur et créateur peut se produire dans la mesure où l'individu s'expose à la création spectatoriale.
L’œuvre d’art appelle à être reçue. Elle prend son sens dans cette complémentarité essentielle entre le créateur qui la met au jour et le récepteur qui la consomme, l’interprète, la fait résonner avec ses propres acquis et affects. Michel Tournier exprime cet apport du récepteur, en parlant du lecteur : « Un livre écrit, mais non lu, n'existe pas pleinement. Il ne possède qu’une demi-existence. [...] À peine un livre s’est-il abattu sur un lecteur qu’il [...] fleurit, s’épanouit, devient enfin ce qu’il est : un monde imaginaire foisonnant, où se mêlent […] les intentions de l’écrivain et les fantasmes du lecteur. » Ainsi, dans ce partage entre créateur et récepteur, une nouvelle œuvre se crée.
Ce constat nous amène à questionner le rapport du créateur à son récepteur. Livrant son œuvre au public, le créateur subit attentes, questionnements, découvertes. Où se place-t-il dans cet immense réseau ? Depuis les mains du consommateur pur à celles du critique, en passant par celles de l’analyste et du professionnel académique, l’œuvre prend et perd du sens, le créateur et son intention prennent et perdent de l’importance.
Cette table ronde veut encourager l’échange de réflexions sur la pratique artistique qui, à l’époque qui est la nôtre, subit moult transformations. L’œuvre existe en effet grâce à différents supports, en mode instantané ou permanent. Elle s’inscrit dans plusieurs contextes possibles. Et sa réception se voit accorder une place privilégiée, encouragée par un univers médiatique foisonnant. En réunissant créateurs, chercheurs ainsi que chercheurs-créateurs et étudiants aux cycles supérieurs dont les intérêts concernent plusieurs formes d’art, nous interrogerons la création et la réception des œuvres de manière large et selon des angles variés : le lien entre le créateur et les attentes, le rapport entre le lecteur-créateur et sa propre création, la relation entre le contexte et le texte, ou même la norme artistique, l’effet de censure, etc.
Titre du colloque :
Thème du colloque :