Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Jean-Simon Desrochers
À moins de se situer dans la frange émergente de l'interactivité, l'oeuvre littéraire n'a rien d'un contenu dynamique. À la manière d'un tombeau, le livre (en tant que concept)
présente le résultat statique d'un processus de création, l'archive d'une dynamique du doute muée en certitude.
En phase de création littéraire, outre les rares moments où une poignée lecteurs sélectionnés commente l'oeuvre en chantier, la complémentarité se situe non pas entre
l'écrivain écrivant et l'écrivain lecteur, mais plutôt entre l'écrivain et le texte en tant qu'objet indépendant. Parce que le texte est alors un objet dynamique, l'écrivain doit d'abord
identifier ses impossibilités avant d'en interpréter le sens. Pour y parvenir, il doit faire sienne la logique du texte, comme si l'écrivain faisait face à une altérité réelle, à un esprit auquel il
assigne théoriquement une logique autonome. En matière de complémentarité, l'écrivain en acte de création devient l'interprète d'une logique dont les possibilités s'amenuisent de mot
en mot.
Soulevée dans plusieurs textes (Dillard, Gracq, Duras), cette relation avec la simulation d'une altérité démontre que la relation dialogique entre l'écrivain et le texte dynamique
relève de capacités cognitives qui, comme le suggérait Bakhtine, sont le propre de l'empathie (Einfühlung). L'objectif de cette présentation sera de démontrer la nature de ces relations
empathiques spécifiques avec un éclairage complémentaire provenant neurosciences contemporaines.
L’œuvre d’art appelle à être reçue. Elle prend son sens dans cette complémentarité essentielle entre le créateur qui la met au jour et le récepteur qui la consomme, l’interprète, la fait résonner avec ses propres acquis et affects. Michel Tournier exprime cet apport du récepteur, en parlant du lecteur : « Un livre écrit, mais non lu, n'existe pas pleinement. Il ne possède qu’une demi-existence. [...] À peine un livre s’est-il abattu sur un lecteur qu’il [...] fleurit, s’épanouit, devient enfin ce qu’il est : un monde imaginaire foisonnant, où se mêlent […] les intentions de l’écrivain et les fantasmes du lecteur. » Ainsi, dans ce partage entre créateur et récepteur, une nouvelle œuvre se crée.
Ce constat nous amène à questionner le rapport du créateur à son récepteur. Livrant son œuvre au public, le créateur subit attentes, questionnements, découvertes. Où se place-t-il dans cet immense réseau ? Depuis les mains du consommateur pur à celles du critique, en passant par celles de l’analyste et du professionnel académique, l’œuvre prend et perd du sens, le créateur et son intention prennent et perdent de l’importance.
Cette table ronde veut encourager l’échange de réflexions sur la pratique artistique qui, à l’époque qui est la nôtre, subit moult transformations. L’œuvre existe en effet grâce à différents supports, en mode instantané ou permanent. Elle s’inscrit dans plusieurs contextes possibles. Et sa réception se voit accorder une place privilégiée, encouragée par un univers médiatique foisonnant. En réunissant créateurs, chercheurs ainsi que chercheurs-créateurs et étudiants aux cycles supérieurs dont les intérêts concernent plusieurs formes d’art, nous interrogerons la création et la réception des œuvres de manière large et selon des angles variés : le lien entre le créateur et les attentes, le rapport entre le lecteur-créateur et sa propre création, la relation entre le contexte et le texte, ou même la norme artistique, l’effet de censure, etc.
Titre du colloque :
Thème du colloque :