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Anne-Marie Petitjean : CY Cergy Paris Université
Je souhaite envisager en quoi la pratique de l'ekphrasis fait émerger de manière privilégiée la question de l'interprétation d'une œuvre d'art, en dépendance ou non de la figure de son créateur. Je m'appuierai sur l'expérience d'un atelier d'écriture mené au Louvre par un groupe d'enseignants en partenariat avec des écrivains et conservateurs, dans le cadre d'une formation de l'Université de Cergy-Pontoise. Ma communication envisagera trois points :
1) Le renouvellement de la réception d'œuvres patrimoniales, appréhendées comme grands repères de la culture commune, par une approche personnelle. En quoi l'inscription d'un tableau de maître dans le trajet d'une écriture individuelle complète-t-elle ou dépasse-t-elle sa réception collective et le discours de son créateur ?
2) Les valeurs distinctes qui peuvent être assignées à une même œuvre d'art par le créateur, le directeur d'exposition ou le visiteur du Louvre, selon des paramètres historiques, politiques et sémiotiques. L'analyse s'appuyera sur la description du « Serment des Ancêtres » (Guillon-Lethière), trésor national haïtien abîmé par le tremblement de terre de 2010.
3) L'émergence de partis-pris esthétiques et poétiques de la part d'un écrivain tenant un discours sur des créations plastiques, propres à révéler des questions communes aux deux arts. Seront examinés en particulier les choix critiques de Tanguy Viel. Comment l'écrivain, en se déplaçant dans la posture du spectateur, reste-t-il fidèle à lui-même ?
L’œuvre d’art appelle à être reçue. Elle prend son sens dans cette complémentarité essentielle entre le créateur qui la met au jour et le récepteur qui la consomme, l’interprète, la fait résonner avec ses propres acquis et affects. Michel Tournier exprime cet apport du récepteur, en parlant du lecteur : « Un livre écrit, mais non lu, n'existe pas pleinement. Il ne possède qu’une demi-existence. [...] À peine un livre s’est-il abattu sur un lecteur qu’il [...] fleurit, s’épanouit, devient enfin ce qu’il est : un monde imaginaire foisonnant, où se mêlent […] les intentions de l’écrivain et les fantasmes du lecteur. » Ainsi, dans ce partage entre créateur et récepteur, une nouvelle œuvre se crée.
Ce constat nous amène à questionner le rapport du créateur à son récepteur. Livrant son œuvre au public, le créateur subit attentes, questionnements, découvertes. Où se place-t-il dans cet immense réseau ? Depuis les mains du consommateur pur à celles du critique, en passant par celles de l’analyste et du professionnel académique, l’œuvre prend et perd du sens, le créateur et son intention prennent et perdent de l’importance.
Cette table ronde veut encourager l’échange de réflexions sur la pratique artistique qui, à l’époque qui est la nôtre, subit moult transformations. L’œuvre existe en effet grâce à différents supports, en mode instantané ou permanent. Elle s’inscrit dans plusieurs contextes possibles. Et sa réception se voit accorder une place privilégiée, encouragée par un univers médiatique foisonnant. En réunissant créateurs, chercheurs ainsi que chercheurs-créateurs et étudiants aux cycles supérieurs dont les intérêts concernent plusieurs formes d’art, nous interrogerons la création et la réception des œuvres de manière large et selon des angles variés : le lien entre le créateur et les attentes, le rapport entre le lecteur-créateur et sa propre création, la relation entre le contexte et le texte, ou même la norme artistique, l’effet de censure, etc.
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