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François Cooren : Université de Montréal
Dans cette communication, je tâcherai de démontrer comment les processus organisants s'articulent autour de figures qui nous engagent, que ces figures soient des paroles que nous prononçons, des documents que nous signons ou, plus généralement, des actes que nous posons. Si s'engager, c'est bien donner les gages d'une action à venir, on peut donc tenter de répertorier les différentes formes que ces garanties, précédents et autres cautions prennent, que ce soit dans l'événement de la parole ou dans la restance d'un document. Si s'engager, c'est donc bien produire quelque chose qui nous lie à une action ou une activité future (que ce soit à nos yeux ou aux yeux des autres), reste à savoir aussi ce que l'on va faire dire à ces figures de l'engagement, ouvrant la porte à des situations de négociations et d'ouvertures où les effets de ventriloquie prennent toute leur place. Tout en faisant écho aux travaux de James R. Taylor et Elizabeth Van Every, je montrerai également qu'à ces figures de l'engagement s'ajoutent, bien entendu, les figures d'autorité, tout aussi cruciales pour comprendre le fonctionnement d'une organisation. Les lois de l'engagement (devoir faire) et de l'autorité (pouvoir faire) sont donc les deux modes prépondérant de l'agir, qu'il soit politique, organisationnel ou, plus généralement, interactionnel.
La communication des organisations, telle que développée à partir des théories des actes de langage ou de la pragmatique, est une production langagière voire discursive (Taylor et Van Every, 2000 ; Gramaccia, 2001) qui est rendue possible par l’engagement de ses interlocuteurs (Searle, 1972 ; Winograd, 1988).
Cet engagement est une des conditions de l’interaction et de la réalisation des effets perlocutoires qui permet à un acteur ou locuteur d’amener un interlocuteur à agir. Nous retrouvons cette notion dans ce que Mead (1934) appelle l’action conjointe. Pour lui, l’homme est un acteur capable de transformer sa relation au monde. Il y a deux formes d’interaction sociale : l’interaction non symbolique et symbolique. Dans l’action conjointe, l’interaction symbolique prévaut car les différents acteurs de l’interaction interprètent les gestes et actes de l’autre de façon symbolique. Elle implique l'interprétation des actions de l'autre et les indications sur la façon dont l’autre personne doit agir (Mead, 1934). Nous parlons donc d’action conjointe, ou d’engagement de la part de chacun des interlocuteurs pour comprendre et interpréter les actes d’autrui. L’action conjointe est une forme collective de l’action, où les participants adaptent leurs propres actes à ceux en cours et guident ainsi l’autre dans sa manière de (ré)agir (Mead,1934).
Ainsi, l’action peut être une adaptation à la nature de la relation entre acteurs. Mais la théorie des actes de langage ne nous informe pas sur la façon dont se développe et se maintient la relation. Cela nous semble pourtant essentiel pour comprendre la formation de l’effet perlocutoire. Car si la force illocutoire et la performativité sont des concepts qui ont été largement repris, les modalités de l’engagement qui en permettent la portée heuristique méritent encore d’être développées.
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