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Marie-Hélène Charron-Cabana
Les écrits d'écrivaines internées renferment une utilisation particulière des tropes qui révèle, à partir de métaphores récurrentes, des noyaux d'idées précédant, accompagnant ou naissant de l'internement. L'une de ces catégories d'images remet en question l'opposition entre le sujet et l'objet. La frontière entre eux s'effrite au sein des figures utilisées et traduit ce qui représente une barrière contre la folie, un bouleversement du rôle que tiennent les objets pour la subjectivité. Ils deviennent aussi importants que des personnes et sont investis de significations excédant leurs natures et fonctions. Le rapport aux objets, leur signifiance et leur animation, révèle que ce n'est pas qu'une question de langage, mais une situation s'étendant au fonctionnement de la pensée, à l'échange constant entre elle et le monde dans la définition de soi et ce qui permet la vie dans des conditions extrêmement limitées. Être privé de ses effets personnels ou être empêché d'en posséder affecte la personne en lui retirant une partie de sa personnalité, éliminant ainsi un moyen d'affirmation. À partir de l'examen des figures liées à la transformation en objets des narratrices et au devenir vivant des objets, j'analyserai l'importance de la littérature dans l'expérience de l'internée et son dépassement. J'examinerai enfin l'influence du corps, de la capacité de le contrôler et de manipuler des objets, sur la maîtrise et la perception de soi.
Dans Lire le délire, Juan Rigoli montre comment l’écriture et la folie ont très tôt été associées l’une à l’autre. D’une « lecture » des signes de la folie dans les comportements, les gestes et le langage de leurs patients, les aliénistes du 19e siècle en viennent rapidement à s’intéresser à leurs écrits, considérés comme de véritables outils diagnostiques. Dans ce passage du corps au texte, de la personne à son expression dans et par l’écrit, se dessine un lien ténu entre la psychiatrie naissante et la littérature, mais aussi entre le fou et l’écrivain : ce rapport alimentera tout autant (mais différemment) les romantiques que les surréalistes, trouvera écho dans les théories freudiennes et consécration dans l’Art brut de Dubuffet. Est ainsi interrogée la limite entre raison et déraison, de même que les (més)usages du langage – du témoignage au ludisme langagier et à la re-création verbale. Au-delà de la folie (entendue comme maladie mentale), il existe de nombreux textes littéraires qui présentent également un rapport singulier à la norme et au langage; leurs auteurs ne sont pas fous, mais une certaine « folie », une excentricité marque leurs écrits, que l’on peut qualifier d’« irréguliers ». Ce colloque se penche d’abord sur la relation entre folie et écriture, mais il se propose aussi d’explorer sous divers angles le rapport de l’expérience des marges à la littérature. La problématique s’élargit donc pour s’étendre des écritures subversives (surtout des fous) à ces écrits irréguliers. Bien que son orientation soit littéraire, le colloque interpelle d’autres disciplines (sémiotique, psychiatrie, histoire, sociologie); de même, le terme « écritures » pourra être entendu dans son sens le plus large.
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