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L'heure du lecteur : points de vue sur l'œuvre de Clarice Lispector

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Daniela Da Silva Prado : UQAM - Université du Québec à Montréal

Résumé de la communication

Mon but est d'étudier le rapport de Clarice Lispector à son récepteur-lecteur, d'après l'étude de ses œuvres de fiction. Clarice Lispector est une écrivaine qui a bouleversé la
littérature brésilienne dès la parution de son premier roman, Près du cœur sauvage. L'ouvrage, à l'époque de sa publication, a partagé la critique, qui ne savait pas comment
classer la prose lispectorienne, éloignée des bases traditionnelles du roman. Si « un texte est incomplet » et « veut que quelqu'un l'aide à fonctionner » (Eco), les narrateurs/trices de Clarice se manifestent non seulement pour confirmer ces idées, mais surtout pour montrer que le lecteur est celui qui possède la clé pour découvrir l'énigme. Toutefois, cela ne veut pas dire que l'énigme sera devinée. Dans L'heure de l'étoile, le narrateur déclare « Cette histoire survient en pleine urgence, en pleine calamité. C'est là un livre inachevé, faute de réplique. Cette réplique, j'espère que quelqu'un en ce monde me la donnera ? Vous ? ». Dans La passion selon G.H., l'écrivaine essaie d'attirer son lecteur-modèle lorsqu'elle déclare « je serais heureuse qu'il soit lu uniquement par des personnes à l'âme déjà formée ». Encore une fois Clarice et Umberto Eco s'approchent – « un texte postule son destinataire comme condition sine qua non de sa propre capacité communicative concrète mais aussi de sa propre potentialité significatrice. En d'autres mots, un texte est émis pour quelqu'un capable de l'actualiser ».

Résumé du colloque

L’œuvre d’art appelle à être reçue. Elle prend son sens dans cette complémentarité essentielle entre le créateur qui la met au jour et le récepteur qui la consomme, l’interprète, la fait résonner avec ses propres acquis et affects. Michel Tournier exprime cet apport du récepteur, en parlant du lecteur : « Un livre écrit, mais non lu, n'existe pas pleinement. Il ne possède qu’une demi-existence. [...] À peine un livre s’est-il abattu sur un lecteur qu’il [...] fleurit, s’épanouit, devient enfin ce qu’il est : un monde imaginaire foisonnant, où se mêlent […] les intentions de l’écrivain et les fantasmes du lecteur. » Ainsi, dans ce partage entre créateur et récepteur, une nouvelle œuvre se crée.

Ce constat nous amène à questionner le rapport du créateur à son récepteur. Livrant son œuvre au public, le créateur subit attentes, questionnements, découvertes. Où se place-t-il dans cet immense réseau ? Depuis les mains du consommateur pur à celles du critique, en passant par celles de l’analyste et du professionnel académique, l’œuvre prend et perd du sens, le créateur et son intention prennent et perdent de l’importance.

Cette table ronde veut encourager l’échange de réflexions sur la pratique artistique qui, à l’époque qui est la nôtre, subit moult transformations. L’œuvre existe en effet grâce à différents supports, en mode instantané ou permanent. Elle s’inscrit dans plusieurs contextes possibles. Et sa réception se voit accorder une place privilégiée, encouragée par un univers médiatique foisonnant. En réunissant créateurs, chercheurs ainsi que chercheurs-créateurs et étudiants aux cycles supérieurs dont les intérêts concernent plusieurs formes d’art, nous interrogerons la création et la réception des œuvres de manière large et selon des angles variés : le lien entre le créateur et les attentes, le rapport entre le lecteur-créateur et sa propre création, la relation entre le contexte et le texte, ou même la norme artistique, l’effet de censure, etc.

Contexte

section icon Thème du congrès 2012 (80e édition) :
Parce que j’aime le savoir
manager icon Responsables :
Cassie Bérard
section icon Date : 8 mai 2012

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