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Valerie Rousseau : UQAM - Université du Québec à Montréal
Lors d'un entretien, Michel Thévoz témoignait du caractère intempestif de l'art brut, rappelant que « ces auteurs se plaisent parfois à interloquer. Ils prennent, dit-il, l'initiative du malentendu. L'autre est totalement éconduit. Leurs systèmes ne sont non seulement plus communicables, mais se nourrissent et se relancent de cette incommunicabilité. Ces systèmes sont faits pour ne pas être compris ». Pour faire écho au titre d'une exposition de Harald Szeemann, Individuelle Mythologien, où le commissaire avait d'ailleurs fait place à l'art brut, ces artistes conçoivent des univers hermétiques, sortes de théâtres privés, opérant en circuit fermé. Dans cette création, qui peut être vue comme une forme de rebellion, le moi fictionnel existe dans une sorte d'hyperréalité. Par le travestissement de la lettre et de la forme, ils développent un langage et des théories qui leur sont propres, d'où émerge une seconde identité, une résurrection, un arbre généalogique imaginaire, répondant à la tentative d'imposer un nouvel ordre et de changer le cours de leur destin. Cette présentation traitera de l'usage du mot et de l'image dans les œuvres d'art brut, en présentant les avenues dominantes exploitées – fiction narrative, plaidoyer, récit autobiographique, dialogue avec les esprits – de Henry Darger à Adolf Wölfli, d'Agnès Richter à Dan Miller, de Zdenek Kosek à Fernando Nannetti.
Dans Lire le délire, Juan Rigoli montre comment l’écriture et la folie ont très tôt été associées l’une à l’autre. D’une « lecture » des signes de la folie dans les comportements, les gestes et le langage de leurs patients, les aliénistes du 19e siècle en viennent rapidement à s’intéresser à leurs écrits, considérés comme de véritables outils diagnostiques. Dans ce passage du corps au texte, de la personne à son expression dans et par l’écrit, se dessine un lien ténu entre la psychiatrie naissante et la littérature, mais aussi entre le fou et l’écrivain : ce rapport alimentera tout autant (mais différemment) les romantiques que les surréalistes, trouvera écho dans les théories freudiennes et consécration dans l’Art brut de Dubuffet. Est ainsi interrogée la limite entre raison et déraison, de même que les (més)usages du langage – du témoignage au ludisme langagier et à la re-création verbale. Au-delà de la folie (entendue comme maladie mentale), il existe de nombreux textes littéraires qui présentent également un rapport singulier à la norme et au langage; leurs auteurs ne sont pas fous, mais une certaine « folie », une excentricité marque leurs écrits, que l’on peut qualifier d’« irréguliers ». Ce colloque se penche d’abord sur la relation entre folie et écriture, mais il se propose aussi d’explorer sous divers angles le rapport de l’expérience des marges à la littérature. La problématique s’élargit donc pour s’étendre des écritures subversives (surtout des fous) à ces écrits irréguliers. Bien que son orientation soit littéraire, le colloque interpelle d’autres disciplines (sémiotique, psychiatrie, histoire, sociologie); de même, le terme « écritures » pourra être entendu dans son sens le plus large.
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