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Masculin/féminin et assistance médicale à la procréation

JM

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Jennnifer Merchant : Université Paris-Panthéon-Assas

Résumé de la communication

L'assistance médicale à la procréation (AMP) permet aujourd'hui d'exaucer en partie le rêve de la féministe canadienne, Shulamith Firestone, qui appelait de ses voeux à "la véritable libération" de la femme, celle d'être séparée à jamais de son corps reproductif. Or les techniques d'AMP n'apportent pas que le "progrès" et sont instrumentalisées afin de faire perdurer des pratiques millénaires de discrimination contre les femmes. Ainsi, la sélection du sexe d'un foetus in utéro se poursuit en Inde et en Chine (pour limiter la naissance de filles), mais aussi en Occident (pour choisir le sexe de l'enfant, ou "family balancing"). S'appuyant sur les travaux pionniers de René Almeling, de la regrettée Gay Becker, et de nos propres travaux et entretiens en cours auprès de "donneuses" d'ovules (échantillon d'environs 600 femmes), cet exposé s'efforce de démontrer que la "véritable libération" des femmes grâce au développement des techniques médicales de procréation n'est pas à l'ordre du jour. Tout le contraire, puisque dans le déroulement de l'ensemble de ces pratiques, les travaux sur le terrain rendent compte de la persistance de stéréotypes lourds et inébranlables, emprisonnant les femmes et les hommes qui s'engagent dans ces pratiques dans une image à laquelle ils se doivent de correspondre : celle d'une mère et d'une "bonne mère" de surcroît, celle d'une femme qui "donne" ses ovules ou s'engage dans une gestation pour autrui, et enfin celle d'un homme par rapport à un père.

Résumé du colloque

La désexualisation des statuts sociaux et des rôles familiaux en Occident a fait s’évanouir les évidences du passé sur les identités sexuées. L'égalisation des parcours dans la sphère socioprofessionnelle et l'accès désormais partagé au projet d'enfant ont brouillé les catégories usuelles qui permettaient de penser le féminin et le masculin. Comment s'assurer de son identité de femme quand on ne dispose plus de façon exclusive de la prérogative maternelle? Où loger sa féminité quand ses signes extérieurs sont assimilés à une soumission aux injonctions masculines? Comment « être homme » quand la doxa sociale tend à délégitimer le viril? Peut-on se poser légitimement la question de l'existence d'une condition « féminine » et d'une condition « masculine »? En un mot, quels sont les ressorts d'un enracinement de ce que nous proposons de continuer d'appeler le féminin et le masculin, mais dont la définition pose aujourd'hui question?

Une réflexion s'impose qui devra, dans une perspective pluridisciplinaire, explorer les chemins empruntés par les hommes et les femmes pour se penser et se donner à voir comme des individus de sexe masculin ou de sexe féminin. Sans nier la permanence d'une emprise du social sur les destins individuels, il faut remarquer que ceux-ci se présentent aujourd’hui comme des projets personnels susceptibles de suivre toutes sortes de trajectoires. Pour comprendre comment hommes et femmes s’assument en tant que sujets autonomes sexués, et ce, dans les dimensions privée et publique de leurs existences, plusieurs thématiques devront être abordées : le souci esthétique et la séduction, la maternité et la paternité, les relations entre les sexes, la recomposition des rôles, etc. Il s'agira de mettre au jour les modalités d'un rapport à soi et au monde inédit, orienté vers l'horizon de l'égalité de sexes, déterminé par le primat social de l'individualisme, mais enjoint dans le même temps à une certaine incarnation de la différence de sexe.

Contexte

section icon Thème du congrès 2012 (80e édition) :
Parce que j’aime le savoir
section icon Date : 8 mai 2012

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