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Frédéric Moulene : Université de Strasbourg
En nous appuyant sur le film de Jean-Marc Moutout, Violences des échanges en milieu tempéré (2003), nous verrons comment le discours managérial est mobilisé pour convaincre les partenaires d'une organisation à agir dans le sens recherché par elle, surtout lorsqu'ils sont impliqués dans une mission aussi délicate que celle d'une restructuration d'entreprise. L'issue d'un désaccord ou d'un conflit entre partenaires dépend en grande partie du rapport de force qui les oppose, lequel renvoie potentiellement à de multiples éléments : leurs statuts respectifs, la performativité des discours adverses ou la nature de l'engagement qui les relie. En l'occurrence, le film sélectionné ici envisage le cas où c'est le supérieur hiérarchique qui se révèle le plus habile dans le face-à-face discursif. Notre étude de cas tentera d'éclairer le rôle de l'action conjointe dans le processus performatif.
La communication des organisations, telle que développée à partir des théories des actes de langage ou de la pragmatique, est une production langagière voire discursive (Taylor et Van Every, 2000 ; Gramaccia, 2001) qui est rendue possible par l’engagement de ses interlocuteurs (Searle, 1972 ; Winograd, 1988).
Cet engagement est une des conditions de l’interaction et de la réalisation des effets perlocutoires qui permet à un acteur ou locuteur d’amener un interlocuteur à agir. Nous retrouvons cette notion dans ce que Mead (1934) appelle l’action conjointe. Pour lui, l’homme est un acteur capable de transformer sa relation au monde. Il y a deux formes d’interaction sociale : l’interaction non symbolique et symbolique. Dans l’action conjointe, l’interaction symbolique prévaut car les différents acteurs de l’interaction interprètent les gestes et actes de l’autre de façon symbolique. Elle implique l'interprétation des actions de l'autre et les indications sur la façon dont l’autre personne doit agir (Mead, 1934). Nous parlons donc d’action conjointe, ou d’engagement de la part de chacun des interlocuteurs pour comprendre et interpréter les actes d’autrui. L’action conjointe est une forme collective de l’action, où les participants adaptent leurs propres actes à ceux en cours et guident ainsi l’autre dans sa manière de (ré)agir (Mead,1934).
Ainsi, l’action peut être une adaptation à la nature de la relation entre acteurs. Mais la théorie des actes de langage ne nous informe pas sur la façon dont se développe et se maintient la relation. Cela nous semble pourtant essentiel pour comprendre la formation de l’effet perlocutoire. Car si la force illocutoire et la performativité sont des concepts qui ont été largement repris, les modalités de l’engagement qui en permettent la portée heuristique méritent encore d’être développées.
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