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Annie Monette
Dans une lettre adressée à Henri Michaux à propos d'Unica Zürn, Hans Bellmer écrit : « À “compte-goutte”, le long de ces années […], j'ai fini par saisir […] que tout en elle se fixait autour de “HENRI MICHAUX”, sauveur-chevalier à travers les connaissances par les gouffres ». La fascination de Zürn à l'égard de Michaux, en effet, est puissante : il est son Homme-Jasmin, fantasme né des souvenirs infantiles, mais aussi, à ses yeux, cause de la folie. L'Homme-Jasmin témoigne de la maladie mentale; il constitue également un moyen de faire survivre, par l'écriture, cette relation singulière à l'« Homme ». Si l'attrait de Zürn pour Michaux ne « s'explique » pas, force est de constater une affinité, une complicité, entre les deux auteurs. Zürn, schizophrène, écrit sur sa maladie. Michaux, attiré depuis longtemps par la question de la folie, décide, en 1954, de faire le saut : la mescaline qu'il ingère (expérience répétée sur une dizaine d'années) doit le conduire à expérimenter des états mentaux proches de ceux des schizophrènes. Leur œuvre respective n'est pas écrite en correspondance; pourtant, en plusieurs moments, elle semble faire écho l'une à l'autre. En rapprochant L'Homme-Jasmin des textes mescaliniens michaudiens, il s'agit de montrer la proximité de la représentation de la folie chez Zürn et Michaux. Plus encore, nous voulons révéler leur dialogue implicite, recréer leur relation « textuelle », pour retrouver et dévoiler ce qui unit la l'écrivaine folle au poète drogué.
Dans Lire le délire, Juan Rigoli montre comment l’écriture et la folie ont très tôt été associées l’une à l’autre. D’une « lecture » des signes de la folie dans les comportements, les gestes et le langage de leurs patients, les aliénistes du 19e siècle en viennent rapidement à s’intéresser à leurs écrits, considérés comme de véritables outils diagnostiques. Dans ce passage du corps au texte, de la personne à son expression dans et par l’écrit, se dessine un lien ténu entre la psychiatrie naissante et la littérature, mais aussi entre le fou et l’écrivain : ce rapport alimentera tout autant (mais différemment) les romantiques que les surréalistes, trouvera écho dans les théories freudiennes et consécration dans l’Art brut de Dubuffet. Est ainsi interrogée la limite entre raison et déraison, de même que les (més)usages du langage – du témoignage au ludisme langagier et à la re-création verbale. Au-delà de la folie (entendue comme maladie mentale), il existe de nombreux textes littéraires qui présentent également un rapport singulier à la norme et au langage; leurs auteurs ne sont pas fous, mais une certaine « folie », une excentricité marque leurs écrits, que l’on peut qualifier d’« irréguliers ». Ce colloque se penche d’abord sur la relation entre folie et écriture, mais il se propose aussi d’explorer sous divers angles le rapport de l’expérience des marges à la littérature. La problématique s’élargit donc pour s’étendre des écritures subversives (surtout des fous) à ces écrits irréguliers. Bien que son orientation soit littéraire, le colloque interpelle d’autres disciplines (sémiotique, psychiatrie, histoire, sociologie); de même, le terme « écritures » pourra être entendu dans son sens le plus large.
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