Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Denis Jeffrey : Université Laval
Dans le milieu scolaire, les comportements juvéniles qui accentuent les attributs sexuels sont l'objet d'inquiétude. Les vêtements qualifiés de sexy, qui ont pour caractéristique de dévoiler le corps féminin, seraient réservés aux femmes adultes qui ne sont pas des enseignantes. La neutralité sexuelle est donc préconisée dans l'école, autant pour les enseignant-e-s que pour les élèves. De leur côté, des jeunes garçons attirent l'attention avec des comportements qui manifestent une virilité exacerbée. Certains élèves s'adonnent ludiquement à des conduites d'incivilité, d'indiscipline et de micro-violence dans la classe pour affirmer leur virilité. D'autres accentuent leur identification à la culture masculine avec des comportements d'opposition et même d'aversion au monde scolaire associé aux qualités féminines. Les comportements anti-scolaires constituent pour eux des marques de virilité. Ils essaient donc de montrer, par leurs actions, leurs attitudes et leurs valeurs qu'ils sont de "vrais hommes" (phallophanie). Un jeune garçon peut avoir peur de passer pour un bon élève parce que ses camarades de classe considèrent qu'un bon élève manque de virilité. En somme, malgré cette tendance lourde de la culture scolaire à désexualiser l'école, il semble que plusieurs jeunes élèves s'emploient à manifester, sous un mode paroxystique, leur féminité et leur masculinité à travers des conduites sexuées.
La désexualisation des statuts sociaux et des rôles familiaux en Occident a fait s’évanouir les évidences du passé sur les identités sexuées. L'égalisation des parcours dans la sphère socioprofessionnelle et l'accès désormais partagé au projet d'enfant ont brouillé les catégories usuelles qui permettaient de penser le féminin et le masculin. Comment s'assurer de son identité de femme quand on ne dispose plus de façon exclusive de la prérogative maternelle? Où loger sa féminité quand ses signes extérieurs sont assimilés à une soumission aux injonctions masculines? Comment « être homme » quand la doxa sociale tend à délégitimer le viril? Peut-on se poser légitimement la question de l'existence d'une condition « féminine » et d'une condition « masculine »? En un mot, quels sont les ressorts d'un enracinement de ce que nous proposons de continuer d'appeler le féminin et le masculin, mais dont la définition pose aujourd'hui question?
Une réflexion s'impose qui devra, dans une perspective pluridisciplinaire, explorer les chemins empruntés par les hommes et les femmes pour se penser et se donner à voir comme des individus de sexe masculin ou de sexe féminin. Sans nier la permanence d'une emprise du social sur les destins individuels, il faut remarquer que ceux-ci se présentent aujourd’hui comme des projets personnels susceptibles de suivre toutes sortes de trajectoires. Pour comprendre comment hommes et femmes s’assument en tant que sujets autonomes sexués, et ce, dans les dimensions privée et publique de leurs existences, plusieurs thématiques devront être abordées : le souci esthétique et la séduction, la maternité et la paternité, les relations entre les sexes, la recomposition des rôles, etc. Il s'agira de mettre au jour les modalités d'un rapport à soi et au monde inédit, orienté vers l'horizon de l'égalité de sexes, déterminé par le primat social de l'individualisme, mais enjoint dans le même temps à une certaine incarnation de la différence de sexe.
Titre du colloque :
Thème du colloque :