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Transmettre le genre : la fabrication d'une identité sexuée chez le bébé

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Agnès Pélage : Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines

Résumé de la communication

Au-delà des discours sur la désexualisation des rôles familiaux et sur l'affirmation de l'égalité de traitement des enfants quel que soit leur sexe, que se passe-t-il dans les familles au moment de l'arrivée d'un enfant? Comment père et mère se débrouillent-ils avec les injonctions au traitement égalitaire des filles et des garçons et avec les incitations à différencier les identités féminines et masculines ? Comment se mobilisent-ils autour de l'accueil d'un nouvel enfant ? Comment cette mobilisation intègre-t-elle le sexe de l'enfant et met-elle en jeu leur propre identité sexuée ? Cette communication repose sur les premiers résultats d'une recherche en cours, menée en France, qui vise à décrire et à comprendre comment les parents donnent des soins à leurs bébés filles et à leurs bébés garçons. A travers des entretiens répétés, passés auprès de mères et de pères et à partir d'observations dans les familles, nous analyserons les préparatifs et les ajustements dans l'organisation familiale autour de la naissance. Nous porterons une attention particulière à l'importance accordée au sexe de l'enfant dans ces dynamiques, aux positions et pratiques respectives des pères et des mères. Seront ainsi analysés les souhaits et le désir de connaissance du sexe de l'enfant avant la naissance des pères et des mères, leur opinion et/ou leur implication dans les préparatifs autour de la naissance ainsi que certaines pratiques liées à l'apparence de l'enfant ou aux soins du corps du bébé.

Résumé du colloque

La désexualisation des statuts sociaux et des rôles familiaux en Occident a fait s’évanouir les évidences du passé sur les identités sexuées. L'égalisation des parcours dans la sphère socioprofessionnelle et l'accès désormais partagé au projet d'enfant ont brouillé les catégories usuelles qui permettaient de penser le féminin et le masculin. Comment s'assurer de son identité de femme quand on ne dispose plus de façon exclusive de la prérogative maternelle? Où loger sa féminité quand ses signes extérieurs sont assimilés à une soumission aux injonctions masculines? Comment « être homme » quand la doxa sociale tend à délégitimer le viril? Peut-on se poser légitimement la question de l'existence d'une condition « féminine » et d'une condition « masculine »? En un mot, quels sont les ressorts d'un enracinement de ce que nous proposons de continuer d'appeler le féminin et le masculin, mais dont la définition pose aujourd'hui question?

Une réflexion s'impose qui devra, dans une perspective pluridisciplinaire, explorer les chemins empruntés par les hommes et les femmes pour se penser et se donner à voir comme des individus de sexe masculin ou de sexe féminin. Sans nier la permanence d'une emprise du social sur les destins individuels, il faut remarquer que ceux-ci se présentent aujourd’hui comme des projets personnels susceptibles de suivre toutes sortes de trajectoires. Pour comprendre comment hommes et femmes s’assument en tant que sujets autonomes sexués, et ce, dans les dimensions privée et publique de leurs existences, plusieurs thématiques devront être abordées : le souci esthétique et la séduction, la maternité et la paternité, les relations entre les sexes, la recomposition des rôles, etc. Il s'agira de mettre au jour les modalités d'un rapport à soi et au monde inédit, orienté vers l'horizon de l'égalité de sexes, déterminé par le primat social de l'individualisme, mais enjoint dans le même temps à une certaine incarnation de la différence de sexe.

Contexte

section icon Thème du congrès 2012 (80e édition) :
Parce que j’aime le savoir
section icon Date : 8 mai 2012

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