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Des enfants tristes à l'enfance exceptionnelle : quels enfants pour quelles institutions?

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Julien Prud'homme : UQTR- Université du Québec à Trois-Rivières

Résumé de la communication

L'histoire de la prise en charge
des enfants « à problèmes » est souvent racontée sous l'angle d'une
histoire de la régulation sociale, dont les lieux clés sont les institutions
chargées de protéger les orphelins ou d'encadrer la délinquance. Parce que ces organismes délaissent, dans les
années 1960 et 1970, leurs visées originelles d'hébergement au profit de
services axés sur le placement familial, cette histoire conclut à un
desserrement du contrôle institutionnel sur les enfants.

Ce cadrage omet le fait que la
Révolution tranquille voit aussi la construction de nouvelles institutions
d'hébergement, présentées cette fois comme des établissements de santé. Après
1964, les « centres d'accueil » et les « centres d'entraînement
à la vie » se multiplient pour accueillir la clientèle, en principe
nouvelle, des enfants dits exceptionnels, c'est-à-dire handicapés de diverses
manières. Le flou des catégories, qu'il
s'agisse des soi-disant « orphelins » des années 1950 ou des
« exceptionnels » des années 1960, laisse cependant croire qu'il
s'agit, en partie, des mêmes populations d'enfants. Cela suggère que l'on assiste moins à la
dissolution de l'encadrement institutionnel qu'à son transfert, de la
protection de l'enfance vers la santé. En s'attardant à l'essor d'intervenants
laïcs liés à l'éducation spécialisée, on verra que la charge des enfants à
problèmes demeure, de 1950 à 1990, entre les mêmes mains qui, elles, ont voulu
se trouver de nouvelles vocations.

Résumé du colloque

L’historicité des modes d’appréhension et de gestion des problèmes sociaux aux 19e et 20e siècles, au cœur des intérêts de recherche du Centre d’histoire des régulations sociales (CHRS), a surtout été explorée, depuis plus d’une décennie, sous l’angle des institutions à caractère coercitif. Principalement ancrées sur le territoire montréalais, les recherches historiques développées au sein du CHRS ont par la suite porté sur de nouvelles questions dépassant largement le cadre des institutions d’enfermement de types pénal.

Dans cette perspective, la réponse collective aux défis majeurs posés par les inégalités sociales, génératrices de pauvreté, de maladie, de déviance, a permis à notre équipe d’investir sous de nouveaux angles le vaste champ de la prise en charge d’autrui.

Cette approche plus large des institutions permet alors de s’intéresser à une pluralité de modèles d’organisation sociale tant publics que privés. Elle pousse aussi à s’interroger sur la coexistence possible de plusieurs concepts associés à la question de la prise en charge. Comment en effet concilier le recours à la punition, à la sanction voire au rejet tout en prônant la charité, le service, la solidarité, l’amitié, la responsabilité, la bienveillance ?

Les expériences et les parcours des individus et des groupes définis comme « à risque » et aux prises avec différents modèles de prise en charge au cours des 19e et 20e siècles permettent de poser un regard nouveau sur le « poids » des institutions et sur les réactions possibles des plus vulnérables face au modèle qui leur était imposé.

Contexte

section icon Thème du congrès 2012 (80e édition) :
Parce que j’aime le savoir
section icon Date : 9 mai 2012

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