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Désir et agentivité énonciative au féminin : quand le vouloir détrône le devoir

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Fabienne Boissieras : Université de Lyon

Résumé de la communication

Depuis une approche stylistique s'attachant à analyser les outils linguistiques (grammaticaux, syntaxiques) aptes à trahir/traduire l'expression du désir féminin (envisagé selon la doxa psychanalytique du point de vue dynamique, économique et topique) et en puisant des exemples dans des œuvres exemplaires, de Marivaux à Duras (pour qui cette question du désir féminin et de sa traduction littéraire est centrale), je m'attarderai sur l'expression du désir dans des récits contemporains (C. Millet, C. Angot, V. Despentes) qui informent le genre de façon singulière.

Nous verrons qu'une des conséquences de cette parole féminine est d'abord linguistique. Plus de gaze pour nimber le désir comme à l'âge classique si obsédé par les bienséances qu'il place au premier plan le surmoi de la topique freudienne. La sélection des auxiliaires modaux s'en trouve révolutionnée : le vouloir détrône le devoir envahissant chez Madame de la Fayette par exemple où le désir féminin pourtant justifie seul l'intrigue romanesque. Nue ou crue, l'énonciation fait bien souvent, dans les textes contemporains que nous envisagerons, l'impasse même sur tout auxiliaire de mode. Vouloir qui intervient précocement dans la pensée et « laisse hors d'atteinte la liberté du sujet » (Moignet) déserte le texte pour une phrase économique, minimale, qui privilégie l'agir, l'acte en dehors de tout conditionnement subjectif (« je fixais l'homme », « elle embrasse ma bouche »).

Résumé du colloque

La notion de désir a jusqu’ici été pensée comme appartenant au masculin, tandis qu’au féminin il incombe d’incarner l’objet du désir de l’homme. Depuis peu, les femmes s’approprient le discours érotique. Émancipées qu’elles sont des injonctions à la pudeur, elles projettent désormais la possibilité d’une subjectivité désirante.
Dans la mesure où les textes littéraires reconduisent les scripts sexuels (Gagnon) dominants, reposant sur la dyade Homme-sujet-actif-désirant/Femme-objet-passif-désiré, on peut affirmer, avec De Lauretis, qu’ils constituent une technologie du genre – cela se reflète tant dans la syntaxe érotique (« Il la prit », « Elle se donna à lui ») que dans la représentation des scènes sexuelles et, plus largement, dans la façon dont circule le désir.
Aussi, ce colloque se penchera sur la figure de la femme désirante dans les productions littéraires et médiatiques contemporaines, celles-ci entendues dans leur sens large, incluant aussi bien la culture des médias que celle des arts médiatiques.
Les productions culturelles se voient-elles transformées par la prise de parole des femmes? Les créateurs masculins prennent-ils acte de cette nouvelle possibilité d’une subjectivité désirante au féminin, la mettent-il en jeu dans leurs textes littéraires et autres productions culturelles?

Contexte

section icon Thème du congrès 2012 (80e édition) :
Parce que j’aime le savoir
section icon Date : 9 mai 2012

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