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Karine Bellerive : UQAM - Université du Québec à Montréal
Les récits autofictionnels publiés par Marie-Sissi Labrèche (Bordeline 2000 et La brèche 2003), Nelly Arcan (Putain 2001 et Folle 2004) et Mélikah Abdelmoumen (Le dégoût du bonheur 2001) ont obtenu un écho considérable dans la sphère médiatique et dans les milieux de la recherche universitaire. Les observateurs notent de façon générale que ces récits présentent des modèles de femmes qui rompent avec les représentations largement véhiculées dans les médias: les narratrices sont assujetties aux désirs des hommes, elles cherchent maladivement à rencontrer les idéaux de féminité et de beauté, tout en les dénonçant, elles exposent sans tabou leur sexualité. Pour les universitaires et pour la plupart des critiques, l'autofiction, telle qu'elle est pratiquée par Labrèche, Arcan et Abdelmoumen, constitue un espace de contestation.
En effectuant cinq entretiens collectifs qui ont réuni chacun trois ou quatre lectrices de la génération X, j'ai cherché à savoir comment ces dernières interprètent les récits sur le plan des thématiques qui y sont explorées, dont la pression sociale liée aux normes de beauté et de féminité, l'hypersexualisation de l'espace public et la sexualité féminine. Certaines se sont identifiées aux narratrices, d'autres ont été troublées, même choquées, par les comportements sexuels des héroïnes et, surtout, par l' «impudicité» des auteures.
La notion de désir a jusqu’ici été pensée comme appartenant au masculin, tandis qu’au féminin il incombe d’incarner l’objet du désir de l’homme. Depuis peu, les femmes s’approprient le discours érotique. Émancipées qu’elles sont des injonctions à la pudeur, elles projettent désormais la possibilité d’une subjectivité désirante.
Dans la mesure où les textes littéraires reconduisent les scripts sexuels (Gagnon) dominants, reposant sur la dyade Homme-sujet-actif-désirant/Femme-objet-passif-désiré, on peut affirmer, avec De Lauretis, qu’ils constituent une technologie du genre – cela se reflète tant dans la syntaxe érotique (« Il la prit », « Elle se donna à lui ») que dans la représentation des scènes sexuelles et, plus largement, dans la façon dont circule le désir.
Aussi, ce colloque se penchera sur la figure de la femme désirante dans les productions littéraires et médiatiques contemporaines, celles-ci entendues dans leur sens large, incluant aussi bien la culture des médias que celle des arts médiatiques.
Les productions culturelles se voient-elles transformées par la prise de parole des femmes? Les créateurs masculins prennent-ils acte de cette nouvelle possibilité d’une subjectivité désirante au féminin, la mettent-il en jeu dans leurs textes littéraires et autres productions culturelles?
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