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Membre a labase
Nathanael Wdbled
À travers la mise en scène de pratiques sadomasochistes, il ne s'agit pas pour l'écrivaine américaine Jane Delynn de décrire une sexualité perverse entre des femmes. Dans la nouvelle « The Duchess of L.A. », elle met en particulier en scène la possibilité de corps qui existent et ont une sexualité sans que cette relation ne soit celle de positions symboliques ou sociales les faisant signifier et les spécifiant dans une définition fixe d'elles-mêmes. Dans l'ordre sexuel normal, ce que Michel Foucault nomme la sexualité, ce ne sont en effet pas des corps qui sont en relation dans l'acte amoureux mais des fonctions et des identités symboliques. C'est ce qui fait dire à Lacan qu'il n'y a pas de rapport sexuel.
Delynn met en scène le passage rituel de cet ordre sexuel à un autre où les corps des femmes semblent au contraire pouvoir se rencontrer et se toucher en imprimant mutuellement leurs marques les uns sur les autres. Ce n'est ainsi plus une femme définie symboliquement qui a un rapport sexuel, mais bien un corps qui se donne dans une dynamique d'échange. Ils se modifient et se mettent en jeu au contact d'autres corps au lieu de jouer leur rôle ou leur fonction prédéfinie. Ils sont donc bien dans un rapport et, en tant que tel appartiennent à un autre ordre que celui où les rapports sexuels sont impossibles. L'amour ne se passe plus entre deux sujets mais entre deux corps.
La notion de désir a jusqu’ici été pensée comme appartenant au masculin, tandis qu’au féminin il incombe d’incarner l’objet du désir de l’homme. Depuis peu, les femmes s’approprient le discours érotique. Émancipées qu’elles sont des injonctions à la pudeur, elles projettent désormais la possibilité d’une subjectivité désirante.
Dans la mesure où les textes littéraires reconduisent les scripts sexuels (Gagnon) dominants, reposant sur la dyade Homme-sujet-actif-désirant/Femme-objet-passif-désiré, on peut affirmer, avec De Lauretis, qu’ils constituent une technologie du genre – cela se reflète tant dans la syntaxe érotique (« Il la prit », « Elle se donna à lui ») que dans la représentation des scènes sexuelles et, plus largement, dans la façon dont circule le désir.
Aussi, ce colloque se penchera sur la figure de la femme désirante dans les productions littéraires et médiatiques contemporaines, celles-ci entendues dans leur sens large, incluant aussi bien la culture des médias que celle des arts médiatiques.
Les productions culturelles se voient-elles transformées par la prise de parole des femmes? Les créateurs masculins prennent-ils acte de cette nouvelle possibilité d’une subjectivité désirante au féminin, la mettent-il en jeu dans leurs textes littéraires et autres productions culturelles?
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