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Isabelle Perreault
Avec les efforts soutenus des Docteurs
Derome et Villeneuve dans les années 1900-10, la psychiatrie légale canadienne
française se met en place à Montréal. L'année 1926 marque l'ouverture de l'aile
pour aliénés criminels de la Prison de Bordeaux de Montréal. Une médicalisation
du crime et le développement d'une expertise médico-légale est en cours depuis
près d'un siècle en Occident avec, notamment, la Loi de 1838 en France qui
reconnaît et donne au psychiatre – aliéniste à l'époque – le pouvoir de juger
de l'état mental d'une personne accusée d'un acte criminel au moment du passage
à l'acte.
C'est le Dr Plouffe, psychiatre
responsable des cas de transferts de femmes de la Prison Fullum à
Saint-Jean-de-Dieu et du traitement des hommes internés à Bordeaux, qui est en
charge de l'évaluation des aliénés criminels entre 1925 et 1945. À l'aide des
dossiers de patients/es internés/es à Saint-Jean-de-Dieu et ayant été ou en
voie d'être transférés/es dans les institutions de psychiatrie légale de l'Ile
de Montréal, cette communication propose une analyse des comportements
criminels et, surtout, des indices permettant aux nouveaux expert de statuer de
l'état mental de la personne lors du crime. Ces dossiers serviront à illustrer
les lentes mais fructueuses tentatives des médecins légistes et psychiatres qui
ont exercé des pressions pour la reconnaissance de ce champ d'expertise qui
entend traiter plutôt que punir les criminels mentalement dérangés.
L’historicité des modes d’appréhension et de gestion des problèmes sociaux aux 19e et 20e siècles, au cœur des intérêts de recherche du Centre d’histoire des régulations sociales (CHRS), a surtout été explorée, depuis plus d’une décennie, sous l’angle des institutions à caractère coercitif. Principalement ancrées sur le territoire montréalais, les recherches historiques développées au sein du CHRS ont par la suite porté sur de nouvelles questions dépassant largement le cadre des institutions d’enfermement de types pénal.
Dans cette perspective, la réponse collective aux défis majeurs posés par les inégalités sociales, génératrices de pauvreté, de maladie, de déviance, a permis à notre équipe d’investir sous de nouveaux angles le vaste champ de la prise en charge d’autrui.
Cette approche plus large des institutions permet alors de s’intéresser à une pluralité de modèles d’organisation sociale tant publics que privés. Elle pousse aussi à s’interroger sur la coexistence possible de plusieurs concepts associés à la question de la prise en charge. Comment en effet concilier le recours à la punition, à la sanction voire au rejet tout en prônant la charité, le service, la solidarité, l’amitié, la responsabilité, la bienveillance ?
Les expériences et les parcours des individus et des groupes définis comme « à risque » et aux prises avec différents modèles de prise en charge au cours des 19e et 20e siècles permettent de poser un regard nouveau sur le « poids » des institutions et sur les réactions possibles des plus vulnérables face au modèle qui leur était imposé.
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