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Sylvie Bourdin : Université de Toulouse
La notion de performatif a connu, depuis sa première élaboration par Austin, un succès qui a conduit à un usage extensif d'une catégorie d'analyse initialement énoncée dans le cadre de la linguistique et des actes de langage. La question posée par cette heureuse destinée touche aux limites de validité dans l'utilisation de la notion de performatif. Ne se délite t-il pas lorsqu'on le mobilise pour l'analyse de collectifs socio-technique dont l'agency excède justement et intrinsèquement l'énonciation ? Je propose de montrer, à partir de l'étude d'un changement organisationnel puissant (Initiatives d'Excellence Université française, 2011 et 2012), comment le passage du dire au faire, relève d'une construction complexe largement hétérogène qui prépare et conduit les acteurs humains à se conformer à un énoncé qui n'est finalement qu'une strate supplémentaire, ultérieure, d'un dispositif d'engagement fortement contraint.
La communication des organisations, telle que développée à partir des théories des actes de langage ou de la pragmatique, est une production langagière voire discursive (Taylor et Van Every, 2000 ; Gramaccia, 2001) qui est rendue possible par l’engagement de ses interlocuteurs (Searle, 1972 ; Winograd, 1988).
Cet engagement est une des conditions de l’interaction et de la réalisation des effets perlocutoires qui permet à un acteur ou locuteur d’amener un interlocuteur à agir. Nous retrouvons cette notion dans ce que Mead (1934) appelle l’action conjointe. Pour lui, l’homme est un acteur capable de transformer sa relation au monde. Il y a deux formes d’interaction sociale : l’interaction non symbolique et symbolique. Dans l’action conjointe, l’interaction symbolique prévaut car les différents acteurs de l’interaction interprètent les gestes et actes de l’autre de façon symbolique. Elle implique l'interprétation des actions de l'autre et les indications sur la façon dont l’autre personne doit agir (Mead, 1934). Nous parlons donc d’action conjointe, ou d’engagement de la part de chacun des interlocuteurs pour comprendre et interpréter les actes d’autrui. L’action conjointe est une forme collective de l’action, où les participants adaptent leurs propres actes à ceux en cours et guident ainsi l’autre dans sa manière de (ré)agir (Mead,1934).
Ainsi, l’action peut être une adaptation à la nature de la relation entre acteurs. Mais la théorie des actes de langage ne nous informe pas sur la façon dont se développe et se maintient la relation. Cela nous semble pourtant essentiel pour comprendre la formation de l’effet perlocutoire. Car si la force illocutoire et la performativité sont des concepts qui ont été largement repris, les modalités de l’engagement qui en permettent la portée heuristique méritent encore d’être développées.
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