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Myriam Béji : Université de Montréal
Dans son dictionnaire intime publié dans L´art du roman (1986), Kundera donne un aperçu de la conception altérée de l´enfance à travers la définition du néologisme « infantocratie ». Celle-ci est selon lui « l´idéal de l´enfance imposé à l´humanité ». Comment Kundera conçoit-il le personnage de l´enfant et quel traitement lui réserve t-il ?
Cette brève allusion à l´enfant dans son essai nous donne de prime abord une idée sur le traitement qui lui est réservé dans son œuvre romanesque. La seule présence infantile notable est celle de Jaromil, personnage principal de La vie est ailleurs (1987). Le roman est une biographie fictive dont la première partie est entièrement consacrée à l´enfance du futur poète Jaromil (les circonstances de sa naissance, la mort de son père et sa vie avec sa mère).
Kundera se sert dans ce roman du thème de l´enfance comme assise lui permettant de développer l´un de ses sujets de prédilection, à savoir le lyrisme. Il ne s´agit pas pour l´auteur d´un traitement conceptuel purement esthétique. Kundera cherche à représenter une attitude individuelle vis-à-vis de soi-même et du monde. L´enfant est le représentant par excellence du lyrisme sous toutes ses formes et de l´éternelle jeunesse tant prônée par la société moderne. C´est donc à travers cette figure que Kundera se lance dans son entreprise de démystification.
Concept dynamique, l’enfance est souvent pensée et repensée du point de vue des adultes au point qu’elle apparaît comme une invention, une construction. Dans l’espace et dans le temps, les conceptions de l’enfance se sont sans cesse renouvelées. Aussi l’histoire de l’enfance peut-elle se décliner en termes d’histoire culturelle. Abordée dans des cadres tels que la sociologie, l’anthropologie et l’éducation, l’enfance fait également l’objet de réflexions poétiques et philosophiques, par exemple, au siècle des Lumières chez des auteurs comme Herder, Novalis, Jean Paul et Tieck. À ce sujet, on peut se référer à l’ouvrage fondamental (paru en allemand, 1989) de Hans-Heino Ewers L’enfance comme forme d’existence poétique. Études relatives à l’émergence de l’utopie romantique autour de l’enfance au 18e siècle. Dans la même perspective, il est à noter que la littérature de jeunesse en Europe peut être comprise comme étant le produit de ces constructions poétiques et philosophiques de l’enfance au siècle des Lumières et du romantisme (Emer O’Sullivan, 2000).
Le contexte contemporain est marqué par de nouvelles représentations de l’enfance. Le statut de l’enfant a radicalement changé. Disposant désormais de divers droits qui le protègent et lui assurent une certaine autonomie, l’enfant devient ainsi un sujet, un acteur dans la vie sociale.
Le colloque se propose d’examiner les enjeux poétiques et esthétiques qu’implique le nouveau statut de l’enfant dans la littérature contemporaine (jeunesse et générale) d’expression française. Les œuvres vont-elles au-delà de la réalité de l’enfance, pour en proposer par exemple une nouvelle utopie ? Il s’agira d’appréhender les stratégies d’écriture mises en œuvre pour construire une poétique de l’enfance. On pourra étendre la réflexion au cinéma. Ce dernier porte-t-il un regard poétique sur l’enfance ?
Axes possibles : l’imaginaire enfantin, réflexions d’ordre théorique et philosophique, l’enfance heureuse, l’enfance comme utopie
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