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Ferhat Taylan : Université de Bordeaux
Dans le sillage de ce que L. Daston appelle « applied metaphysics », où il s'agit de se demander comment des objets scientifiques viennent à exister et disparaissent de la circulation, nous nous intéressons à l'émergence du concept de « milieu » au 19ème siècle. Anticipée par les pratiques médicales et hygiénistes dès la deuxième moitié du 18ème siècle, l'idée d'un enracinement biologique de l'être vivant dans son environnement sera théorisée par le concept de « milieu » chez Lamarck et Auguste Comte, avant d'être élevée au statut d'une science, nommée « mésologie » par Bertillon en 1876. Ils disparaissent de la plupart des dictionnaires médicales au début du 20ème siècle, mais continuent à circuler en dehors du champ médical. De quoi cette émergence et cette transformation pourraient-elles être la trace ? Au delà de la thèse d'une « médicalisation » massive de la société française au 19ème siècle, nous proposons de suivre le fil conducteur de la « mésologie » pour interroger le rôle fondateur de la médecine pour les sciences sociales naissantes. Nous tenterons de montrer que le concept de milieu ne témoigne pas seulement de la dernière tentative d'établir une médecine sociale générale – sous la forme d'une théorie médicale du champ social -, mais qu'il est constitutif des pratiques médicales du 19ème siècle, en hygiène public aussi bien qu'en urbanisme.
Les recherches historiques concernant la santé et la maladie ont considérablement évolué depuis quelques décennies. À la suite de travaux de référence des années 1980-1990, les historiens ont exhumé de nombreux objets de recherche jusque-là inexploités. Si bien qu’aujourd’hui on constate une pluralité de thèmes organisant l’histoire des pratiques de santé autour de l’hygiène, des addictions, de la vie saine et malsaine, des maux du corps, des pratiques profanes ou des différents troubles de santé. La diversité des préoccupations et des objets touchant à la santé et à la médecine a engendré le développement d’une recherche historique aussi dynamique que multiple qu’il convient de circonscrire pour mieux l’analyser.
La transformation et la diversification des préoccupations et objets de recherches a fait évolué la discipline historique par la mobilisation de nouveaux corpus et méthodes. L’objet de ce colloque sera de présenter et de confronter les différents matériaux et méthodologies en jeu, afin de cerner, par leur analyse croisée, l’impact de l’histoire des pratiques de santé sur la science historienne, son développement social et ses modifications épistémologiques.
Pour ce faire, ce colloque sollicitera les nouveaux travaux qui émergent dans ce domaine et qui mettent à jour de nouvelles thématiques, des cadres et approches inédits. Il visera ainsi à ressembler et à confronter les savoir-faire historiens qui se déploient aujourd’hui dans le monde francophone et dont l’échange ne peut qu’enrichir un domaine de recherche en pleine expansion.
Nous engagerons cette réflexion à partir de deux séances plénières, la première consacrée à l’histoire des pratiques de santé en France et présentée par Didier Nourrisson et la seconde consacrée à l’histoire des pratiques de santé au Québec et présentée par François Guérard.