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Jérôme David : Université de Genève
Depuis une dizaine d'années, la littérature comparée a été le théâtre de débats virulents autour de la « littérature mondiale ». Le retour à Goethe a d'abord été brandi, par provocation, comme le seul remède possible à la faillite supposée du comparatisme. La Weltliteratur a ensuite été présentée comme l'esprit même de la littérature comparée la plus récente, c'est-à-dire la plus attentive à l'interculturalité et la plus rétive à l'ethnocentrisme. Ce mondialisme-là a ensuite fait l'objet d'une double critique : la première l'a assimilé à un universalisme subreptice et aliénant, la seconde a substitué la notion de planétarité à celle de mondialité.
Retracer les généalogies concurrentes de la « littérature mondiale » (de Goethe à Moretti, Damrosch et Casanova, en passant par Marx et Engels, Moulton ou Auerbach) permet de démêler ces controverses avec la pondération de la longue durée, et de déceler, à côté des arguments « réapparaissants » depuis deux siècles, certaines préoccupations propres à notre situation contemporaine.
Quel est l’impact des nouveaux médias sur l’étude de la littérature ? Qu’advient-il des processus artistiques et des translations culturelles dans une économie du savoir mondialisée ? Que veut-dire être comparatiste à Montréal aujourd’hui ? C’est à ces questions que nous tenterons de répondre par le biais du colloque Mondialisme et littérature. Nous vivons dans un monde culturel de plus en plus complexe – en témoigne le récent mouvement Occupy Wall Street. Nous sommes d’avis que l’étude des relations entre mondialité et littérature est très importante pour trouver des passerelles qui ne réduisent pas le mondialisme à la sphère de l’économie de marché, ou le monde à une économie de transactions identitaires. Or, de Paris à New York, la littérature comparée, discipline pluricentenaire, renouvelle son objet d’étude. À l’occasion du colloque Mondialisme et littérature, nous convions les chercheurs en études littéraires, en arts et en sciences humaines à une réflexion visant à démocratiser le comparatisme, à cerner son caractère iconoclaste, ses impasses, de même que ses nouvelles modalités. On pourra d’emblée chercher à définir ce que signifie l’acte de comparer aujourd'hui alors que dominent les discours sur l’hybridité et le métissage. On se demandera par ailleurs si certains éléments de la littérature québécoise, qui s’énonce dans un contexte de pluralité linguistique, gagneraient à être étudiés au moyen du comparatisme. On discutera des nouveaux visages de la littérature comparée (Amérindiens, arabophones, Asiatiques, etc.) qui doivent être pris en compte dans le cadre d’une étude des phénomènes d’interculturalité contemporains. On explorera enfin de quelle manière les nouvelles technologies et problématiques intermédiales travaillent la littérature comparée. Dans le cadre du colloque Mondialisme et littérature, il s’agira en somme d’envisager Montréal comme le site culturel d’une nouvelle pensée comparatiste.
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