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Valérie Desgroseilliers : Université Laval
La migration représente une transition dans la vie d'une personne. Selon la pensée d'Alfred Schütz (2008), le passage d'un monde familier à un monde étranger implique des transformations existentielles profondes, qui confrontent toute personne à un nouvel « ordre social du monde ». Lorsque de telles conditions d'existence viennent ébranler un ordre du quotidien, le fait religieux/spirituel peut devenir une ressource significative et pratique qui permet de redonner du sens, et de retrouver des sentiments de cohérence, d'unicité, de continuité et de reconnaissance. Dans le contexte de la modernité, pour mieux comprendre comment le religieux participe à une réinscription de soi, il est important d'accorder une attention particulière aux formes religieuses que des personnes mobilisent au cours de leur trajectoire migratoire. Il devient essentiel d'explorer les référents qui composent les nouveaux contenus religieux dans la quête identitaire des migrantEs. Pour y parvenir, nous proposons une approche du religieux/spirituel qui ne se limite ni à l'institution ni aux systèmes de croire traditionnels. Cette approche reconnait la part de subjectivation à l'oeuvre dans les modes de croire contemporains, qui donne lieu à des religiosités personnalisées. Dans cette perspective, la forme et le sens du sacré relèvent de l'expérience, tout en évoquant des besoins personnels en lien avec la construction identitaire.
Le progrès scientifique prédisait le déclin, voire l’extinction de la religion. Pourtant, elle est d’actualité. Nous envisageons dans le cadre de ce colloque d’explorer les mutations du religieux dues à la migration. D’un côté, des immigrants reçus s’installent aspirant à être acceptés dans leurs identités culturelles, y compris religieuses. De l’autre, des réfugiés, privés des droits de citoyens, cachés du débat public, bien que présents dans la société tentent de préserver leurs pratiques religieuses. En parallèle, une émigration intra-religieuse se développe pour fournir des cadres ecclésiaux, là où ils sont en pénurie.
Comment les croyants issus de toutes les traditions participent-ils à la production de nouvelles catégories identitaires ? Est-ce qu’ils adoptent, rejettent ou négocient la religion ? Sujets citoyens, ils vivent, pour les uns, une « acculturation », c’est-à-dire un changement dans les modèles originaux de pratiques du fait d’un « contact continu et direct » avec des cultures différentes, et pour les autres, une « inculturation », c’est-à-dire l’insertion de leur expérience religieuse dans l’enrichissement de la culture religieuse de la société d’accueil. Au-delà de leur perception par les populations locales, l’installation définitive de ces croyants met en lumière des zones de tension souvent attribuées à un conflit axiologique plutôt qu’à des politiques d’intégration. Or, cette perception d’une opposition de valeurs semble bien illusoire, car il s’agit d’un processus complexe de négociation entre les valeurs d’ici et d’ailleurs, une négociation qui commence avant tout avec une reconnaissance réciproque et une déconstruction des préjugés. Ce colloque permettra de mieux cerner les transformations religieuses dans la perspective d’expériences issues de parcours migratoires particuliers.
Axe 1 – Femmes et religions
Axe 2 – Communautés religieuses et pratiques
Axe 3 – Gestion du religieux
Axe 4 – Questions théoriques
Axe 5 – Diversité religieuse et État
Thème du colloque :