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Sabine Kahn : Université libre de Bruxelles
Dans nombre de pays occidentaux, les enseignants sont soumis à des injonctions de pratique de pédagogie différenciée sans que ne soit véritablement précisé et opérationnalisé ce concept. Bien que la pédagogie différenciée soit présentée comme chargée de nombre d'attraits (motivation de l'élève, lutte contre la difficulté scolaire, …), elle est renvoyée à la solitude des classes ou dans le meilleur des cas incarnée par des équipes. Mais tant dans le délitement politique actuel que dans l'état de la recherche en sciences de l'éducation, le concept de différenciation pédagogique ne peut-il être exempt d'ambiguïtés? La pédagogie différenciée et les pratiques qui en découlent sont liées aux conceptions du processus apprentissage des acteurs qui la mettent en œuvre ainsi qu'à leurs visées. Est-il par exemple concevable de les envisager comme elles ont pu l'être dans les années 1970 par Louis Legrand en France? Par ailleurs, avant toute « velléité » de pédagogie différenciée ne paraît-il pas essentiel de tenter de penser les dimensions différenciatrices dont sont porteuses la quasi-totalité des pratiques pédagogiques pour tenter de les surmonter?
Bien qu’il n’existe pas de consensus sur la façon de définir le concept, la différenciation pédagogique implique souvent d’adapter son enseignement (méthodes, ressources, approches, etc.) pour répondre aux besoins diversifiés des élèves. Prenant appui sur la compréhension actuelle des processus d’apprentissage, d’aucuns s’entendent pour dire qu’il ne s’agit pas d’individualiser l’enseignement, mais plutôt d’ajuster les cheminements d’apprentissage aux besoins et particularités des élèves, en s’assurant de ne jamais perdre de vue le groupe. Globalement, la différenciation pédagogique vise à favoriser la réussite de tous les élèves, pour leur permettre de se développer d’une manière optimale. Même si les intentions et finalités qu’on attribue à la différenciation semblent faire l’unanimité, force est de constater que dans la pratique, sa définition est empreinte d’une grande confusion, son opérationnalisation demeure complexe et elle se heurte à de nombreux défis et résistances. Ce constat illustre l’importance de se pencher sur ces questions et de trouver des moyens de clarifier le concept et de faciliter son intégration à l’école. Il nous apparaît également primordial de faire un état des lieux de l’étude de la différenciation pédagogique et d’identifier des angles d’investigation pertinents pour les recherches à venir.