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Tant en psychopathologie qu'en criminologie développementales, plusieurs modèles ont été proposés pour rendre compte du passage de la position d'enfant agressé à celle d'agresseur. En se référant à l'apprentissage social, on a d'abord pu considérer que l'enfant observe les comportements agressifs, puis les reprend à son compte s'il estime qu'ils conduisent à des résultats favorables. Dans le cadre de la théorie de l'attachement, on a pu concevoir plutôt que le lien entre violence subie et violence agie implique un attachement insécurisé, le plus souvent désorganisé. Récemment, les tenants de la neurobiologie ont préconisé un modèle biosocial selon lequel c'est une version du gène codantla MAO-qui favorise la manifestation de comportements violents chez les sujets, par ailleurs maltraités. Quant à Fonagy, il a soutenu que l'impact de la violence subie dépend en partie des capacités de mentalisation et du fonctionnement réflexif de l'enfant. Après avoir fait ce rappel, nous tenterons d'aborder la question sous un nouvel angle, en formulant quelques-uns des principaux défis ou tâches que doit relever l'enfant ou l'adolescent qui a subi la violence. Il s'agira de la nécessité de se représenter mentalement : l'événement, sa participation à l'événement, sa responsabilité, les dommages qu'il a subis, ainsi que les normes et valeurs qui ont été bafouées mais qu'il faut néanmoins restaurer. Nous proposerons que chacun de ces défis peut, en cas d'impasse, mener à l'hétéro agression.
Les travaux sur les trajectoires des jeunes victimes de maltraitance indiquent que la maltraitance durant l’enfance est un facteur de risque important pour l’adoption de comportements délinquants à l’adolescence. Certains travaux soulignent cependant que la maltraitance n’est pas une condition suffisante pour l’adoption de conduites délinquantes ultérieures. Le lien entre violence subie et violence agie est donc complexe. Plusieurs études prospectives ou rétrospectives se sont attardées à l’étude des facteurs médiateurs de ce lien. À cet égard, les travaux sur le placement des enfants comme médiateur des liens entre maltraitance et comportements délinquants sont équivoques en raison de différences entre les études, notamment quant à la définition de la maltraitance, la nature de la prise en charge ou du placement (p. ex., type, durée, stabilité), la nature prospective ou rétrospective des données, l’âge et le genre des enfants. Par ailleurs, peu de travaux s’attardent aux implications de ces travaux pour le développement d’une intervention pertinente pour ces jeunes. L’objectif du colloque vise donc à comprendre la cooccurrence des problèmes de violence agie et subie chez les jeunes pris en charge dans les centres jeunesse. Bien qu’ils soient référés en vertu de la LPJ ou de la LSJPA, les jeunes qui reçoivent des services en centre jeunesse présentent des trajectoires développementales où se côtoient les problèmes de violence subie et de violence agie. Ce colloque adopte une perspective différentielle selon l’âge et le genre des enfants et a pour objectif de : 1) présenter un portrait de ces jeunes qui vivent des situations concurrentes ou différées de violence subie ou agie en lien avec les services reçus et la récurrence des signalements; 2) présenter l’efficacité différentielle des interventions auprès de jeunes présentant des problématiques comportementales complexes en se centrant sur certaines variables modératrices de l’efficacité des interventions.