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Isao Hiromatsu : Université de Montréal
Depuis le début de sa carrière, l'écrivain martiniquais Patrick Chamoiseau focalise son travail sur la reconstruction et la transmission des mémoires perdues ou en voie d'être oubliées dans les sociétés antillaises. Ses romans continuent de mettre en scène le narrateur-personnage nommé « Oiseau de Cham » qui lutte contre l'oubli de « mémoires collectives ».
Toutefois, ce regard rétrospectif de l'auteur n'est pas seulement axé sur les temps révolus des communautés antillaises, mais aussi sur le passé individuel qui se trouve au bord de l'abysse de l'oubli. Écrite sur une période d'une quinzaine d'années (1990-2005), sa trilogie d'enfance — Antan d'enfance, Chemin-d'école et À Bout d'enfance — confirmera plus distinctement sa prédilection pour le thème de la reconstruction du passé. À la différence du narrateur-personnage de ses romans centrés sur les phénomènes plutôt collectifs, le narrateur de cette trilogie entreprend de saisir l'enfance fugitive au moyen d'un remontage ni consécutif ni chronologique de la « mémoire individuelle ».
Quelle valeur narrative et théorique la figure de l'enfant porte-t-elle chez Chamoiseau ? Ce travail de reconstruction du passé ne nous montre-t-il pas une autre façon d'écrire l'histoire individuelle que la biographie ou l'autobiographie proprement dite ? Notre communication examinera une telle problématique dans la trilogie d'enfance de Chamoiseau.
Concept dynamique, l’enfance est souvent pensée et repensée du point de vue des adultes au point qu’elle apparaît comme une invention, une construction. Dans l’espace et dans le temps, les conceptions de l’enfance se sont sans cesse renouvelées. Aussi l’histoire de l’enfance peut-elle se décliner en termes d’histoire culturelle. Abordée dans des cadres tels que la sociologie, l’anthropologie et l’éducation, l’enfance fait également l’objet de réflexions poétiques et philosophiques, par exemple, au siècle des Lumières chez des auteurs comme Herder, Novalis, Jean Paul et Tieck. À ce sujet, on peut se référer à l’ouvrage fondamental (paru en allemand, 1989) de Hans-Heino Ewers L’enfance comme forme d’existence poétique. Études relatives à l’émergence de l’utopie romantique autour de l’enfance au 18e siècle. Dans la même perspective, il est à noter que la littérature de jeunesse en Europe peut être comprise comme étant le produit de ces constructions poétiques et philosophiques de l’enfance au siècle des Lumières et du romantisme (Emer O’Sullivan, 2000).
Le contexte contemporain est marqué par de nouvelles représentations de l’enfance. Le statut de l’enfant a radicalement changé. Disposant désormais de divers droits qui le protègent et lui assurent une certaine autonomie, l’enfant devient ainsi un sujet, un acteur dans la vie sociale.
Le colloque se propose d’examiner les enjeux poétiques et esthétiques qu’implique le nouveau statut de l’enfant dans la littérature contemporaine (jeunesse et générale) d’expression française. Les œuvres vont-elles au-delà de la réalité de l’enfance, pour en proposer par exemple une nouvelle utopie ? Il s’agira d’appréhender les stratégies d’écriture mises en œuvre pour construire une poétique de l’enfance. On pourra étendre la réflexion au cinéma. Ce dernier porte-t-il un regard poétique sur l’enfance ?
Axes possibles : l’imaginaire enfantin, réflexions d’ordre théorique et philosophique, l’enfance heureuse, l’enfance comme utopie
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