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Balkis Faillon : Université de Lorraine
L'analyse de la confiance territoriale et des enjeux de la « communication engageante » ne doit pas être faite séparément. En effet, et à partir de nos entretiens et observations des acteurs territoriaux présents dans la région de Menzel Habib, nous mettons l'accent sur l'importance du rôle du médiateur capable d'assurer la continuité du dialogue avec une population usée et malmenée depuis au moins une cinquantaine d'années. Cette zone du sud-est tunisien souffre d'une grande aridité climatique ; la désertification et de difficultés socio-économiques, du désengagement progressif de l'État et de l'échec de certains projets (culture de l'irrigué, élevage de lapins et d'escargots, par exemple) entravant la suite des échanges et l'avenir des relations de confiance. Ainsi, l'engagement de l'acteur et son implication dans les projets d'écocitoyenneté représentent-ils le tremplin pour renouer le dialogue et renforcer la notion de développement durable dans le cadre de mise en place de projets territoriaux dans Menzel Habib.
La communication des organisations, telle que développée à partir des théories des actes de langage ou de la pragmatique, est une production langagière voire discursive (Taylor et Van Every, 2000 ; Gramaccia, 2001) qui est rendue possible par l’engagement de ses interlocuteurs (Searle, 1972 ; Winograd, 1988).
Cet engagement est une des conditions de l’interaction et de la réalisation des effets perlocutoires qui permet à un acteur ou locuteur d’amener un interlocuteur à agir. Nous retrouvons cette notion dans ce que Mead (1934) appelle l’action conjointe. Pour lui, l’homme est un acteur capable de transformer sa relation au monde. Il y a deux formes d’interaction sociale : l’interaction non symbolique et symbolique. Dans l’action conjointe, l’interaction symbolique prévaut car les différents acteurs de l’interaction interprètent les gestes et actes de l’autre de façon symbolique. Elle implique l'interprétation des actions de l'autre et les indications sur la façon dont l’autre personne doit agir (Mead, 1934). Nous parlons donc d’action conjointe, ou d’engagement de la part de chacun des interlocuteurs pour comprendre et interpréter les actes d’autrui. L’action conjointe est une forme collective de l’action, où les participants adaptent leurs propres actes à ceux en cours et guident ainsi l’autre dans sa manière de (ré)agir (Mead,1934).
Ainsi, l’action peut être une adaptation à la nature de la relation entre acteurs. Mais la théorie des actes de langage ne nous informe pas sur la façon dont se développe et se maintient la relation. Cela nous semble pourtant essentiel pour comprendre la formation de l’effet perlocutoire. Car si la force illocutoire et la performativité sont des concepts qui ont été largement repris, les modalités de l’engagement qui en permettent la portée heuristique méritent encore d’être développées.
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