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Philippe Dumaine : UQAM - Université du Québec à Montréal
Le corps féminin est disséminé dans une majeure section de l'histoire de l'art en tant qu'objet de désir masculin. Les grandes théoriciennes de l'histoire de l'art féministes (notamment Griselda Pollock) ont longtemps questionné, avec raison, cette position particulière de la femme à l'intérieur d'une discipline qui, bien que lui refusant la position d'artiste, lui ouvrait grandes ses portes en tant que représentation. Or, l'ouverture de cette brèche théorique s'est, force est de constater, faite conjointement avec de multiples remises en question de l'histoire comme mode d'invisibalisation, de sorte que les pratiques actuelles en art contemporain investissent la question des désirs «autres» de plein front. En me basant entres autres sur les écrits de Judith Halberstam (Female Masculinity, 1998; The Queer Art of Failure, 2011), je chercherai à comprendre comment l'introduction d'identités sexuelles «marginales» dans le monde de l'art tend à remettre en question les modes de légitimation mêmes de cette discipline. Je baserai notamment mon analyse sur la production photographique de Catherine Opie, qui cartographie différentes identités performatives queer.
La notion de désir a jusqu’ici été pensée comme appartenant au masculin, tandis qu’au féminin il incombe d’incarner l’objet du désir de l’homme. Depuis peu, les femmes s’approprient le discours érotique. Émancipées qu’elles sont des injonctions à la pudeur, elles projettent désormais la possibilité d’une subjectivité désirante.
Dans la mesure où les textes littéraires reconduisent les scripts sexuels (Gagnon) dominants, reposant sur la dyade Homme-sujet-actif-désirant/Femme-objet-passif-désiré, on peut affirmer, avec De Lauretis, qu’ils constituent une technologie du genre – cela se reflète tant dans la syntaxe érotique (« Il la prit », « Elle se donna à lui ») que dans la représentation des scènes sexuelles et, plus largement, dans la façon dont circule le désir.
Aussi, ce colloque se penchera sur la figure de la femme désirante dans les productions littéraires et médiatiques contemporaines, celles-ci entendues dans leur sens large, incluant aussi bien la culture des médias que celle des arts médiatiques.
Les productions culturelles se voient-elles transformées par la prise de parole des femmes? Les créateurs masculins prennent-ils acte de cette nouvelle possibilité d’une subjectivité désirante au féminin, la mettent-il en jeu dans leurs textes littéraires et autres productions culturelles?
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