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Marc Gaudreault : UQAM - Université du Québec à Montréal
La figure culturelle du zombie, naguère le fruit du surnaturel – pensons au culte vaudou ou aux nécromanciens de la fantasy qui se succèdent pour (ré)animer les cadavres fraîchement décédés des cimetières –, est aujourd'hui fortement marquée par les angoisses collectives face aux développements technoscientifiques. En effet, là où la magie servait de canal pour ramener à un simulacre de vie les morts récents, c'est désormais l'effet d'une quelconque contamination par un agent chimique ou biologique qui est à l'origine du délire eschatologique de l'Apocalypse zombie contemporaine.
Ma communication montrera que cette main-mise de la science dans la réanimation des cadavres était déjà présente dans une novella sérialisée dans le fanzine Home Brew en 1921-1922 et signée par le maître du fantastique d'épouvante : Howard Philips Lovecraft. Je parle ici du récit, somme toute mineur dans la production du reclus de Providence, intitulé « Herbert West : Reanimator », où ledit Herbert West met au point une formule, sorte d'élixir qui n'est pas sans rappeler celui du Dr Jekyll, qui lui permet de ramener les morts de fraîche date à la vie – ou plutôt à un simulacre de vie, lequel, contre-nature, sera le fruit d'une série de dérapages dans une gradation de l'horrible, où le lecteur doit voir une critique de l'éthique et de la curiosité scientifique.
Depuis le début des années 2000, le zombie contamine l’imaginaire occidental contemporain. À titre indicatif, notons que la Zombie Movie Database (penchant zombifique de l’IMDB) dénombre, entre 2002 et 2009, plus d’une centaine de films mettant en scène des zombies – une vingtaine de productions de ce genre sont d’ailleurs prévues pour 2012. De nombreux jeux vidéo confrontent les joueurs à des hordes de zombies affamés de chair humaine. Le zombie envahit aussi la littérature, la bande-dessinée, les séries télé et l’art visuel. Comment expliquer cet engouement du public pour le mort-vivant anthropophage ? Et comment s’expliquer des phénomènes sociaux parafictionnels comme les Zombie Walks, ces manifestations pacifiques (à teneur politique ou simplement ludique) où des participants, notamment en marge du mouvement Occupons Wall Street, se déguisent et marchent comme des zombies ? Dans ce colloque – qui se veut un lieu de rencontre pour des penseurs issus de différents champs de recherche, de la littérature au cinéma, en passant par les jeux vidéo et l’art visuel – nous voulons autopsier le zombie. Il s’agira d’emblée de l’envisager comme une figure de cet Autre qui nous assaille, qui menace de nous contaminer de sa différence, pour ensuite s’intéresser à ses manifestations marginales. Que se produit-il, en effet, lorsque le zombie, d’antagoniste, devient protagoniste ? Si l’homme, en situation de survie, peut devenir monstre, le zombie, lui, peut-il (re)devenir humain ? Figure polysémique et investie idéologiquement, le zombie permet aux créateurs de représenter les citoyens marginalisés et de tenir un discours renouvelé sur la justice et l’équité sociale.
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